‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 129 sur 178 · LIVRE XXII. — i8)5-i8îi. 3'l.î · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. — i8)5-i8îi. 3'l.î

lors du coup de main du Trocadero, avec les grenadiers de la colonne d’attaque, travei-sa le bras de mer au gué, soutenant, au moyen de sa haute taille et de sa main puissante, plusieurs officiers, qui, moins grands que lui, perdirent pied et étaient au moment de se noyer. 11 parvint un des premiers sur les retranchements ennemis. Cette conduite énergique, qui honore celui qui en est l’auteur, éclaira sur-le-champ d'une auréole brillante les marches du trône sur lequel il devait s’asseoir un jour.

La prise du Trocadero lit combler.de louanges M. le duc d’Angouléme. 11 méritait certainement (pielques éloges; mais les flatteurs le placèrent à la tète des grands capitaines. Us dirent et répétèrent qu’il avait réussi là où Napoléon avait échoué, sottise dont la moindre réflexion fait voir l’absurdité. Il y eut une émulation incroyable parmi les flatteurs. Et M. de Chateaubriand fut un des premiers qui contribuèrent puissamment à enivrer M. le ducd’.Angoulême, qui finit par se croire réellement un grand général. Il finit par s’imaginer qu’il avait fait la guerre, lorsqu’il n’avait fait que marcher contre des troupes qui se retiraient toujours à la seule vue de la poussière de sa cavalerie. Cela ressemblait plus à une chasse qu’à toute autre chose. I.ÆS récompenses furent prodiguées. 11 était

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bon d’en donner quelques-unes; mais on ne mit aucune réserve dans leur distribution. Les intrigants furent encouragés. On faisait des récits solennels des moindres rencontres. L’on en vint jusqu’à rendre compte de prétendus combats, où pas un seul homme ne s’était trouvé, pour demander des grâces qui furent accordées.

Une fois le roi Ferdinand en liberté et replacé sur son trône, Nf. le duc d’Angouléme rentra en France, ramenant avec lui la plus grande partie de l’armée et ne laissant à Madrid qu’un corps d’occupation.

Je le répète, cette expédition fut bien conduite et elle mérite des éloges; mais aussi les difficultés étaient nulles. Elle fut un grand événement par l’esprit qu’elle donna aux troupes. Dès ce moment, les Bourbons eurent une armée. Pour peu qu’ils eussent gouverné avec sagesse, rien n’aurait pu les renverser. Leurs ennemis les plus ardents n’en concevaient alors ni la possibilité ni l’espérance.

Je ne veux pas quitter cet article de la guerre d’Espagne, en 1823, sans entrer dans quelques détails sur les intrigues de toute nature qui se sont liées à cet événement. L’expédition fut résolue, ainsi que je l’ai déjà dit, au congrès de Vérone, et la France fut chargée de l’exécuter au nom de toute l’Europe. Mais, l’opération à peine commencée, les

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