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Mais c’clail une grande insulte faite à rarince française, et ces fautes allaient ressusciter des troubles qu’il était important d’empécher de naître. M. le duc d’Angoulême le sentit et se décida à rendre l’ordonnance d’Anduxar, devenue fort célèbre, contre laquelle quelques personnes ont beaucoup crié, mais qui était impérieusement commandée parla nécessité, la raison, la justice et la dignité de l’armée française.
Un de ceux qui l’ont le plus ouvertement critiquée est le prince de Metternich. En cela on peut supposer, avec quelque fondement, qu’il regrettait seulement de voir cesser une partie des embarras de l’armée française, et que, jaloux de ses succès, il voulait rendre sa tâche presque impossible. On en sera convaincu quand on saura qu’au commencement de l’expédition il avait décidé le roi de Naples à demander la régence pendant l’interrègne, et qu’il avait soutenu cette prétention de tout son pouvoir. Ainsi ce n’était pas assez, à leurs yeux, pour l’armée française, de rencontrer les obstacles de toute nature que le pays, l’esprit du peuple espagnol, ses passions, son ignorance et son orgueil insensé devaientlui créer à chaque pas, il fallait encore y ajouter ceux qui naîtraient de l’autorité et du concours d’un régent étranger à l’armée, ignorant les affaires du pays, et dont le pouvoir aurait
été exercé par l’ambassadeur de Naples à Paris, le prince de Castelcicala, l’homme le plus intrigant et le plus brouillon qui fût jamais.
M. le duc d’Angoulême revint à Paris; il y fit une entrée solennelle. Toutes les troupes étaient sous les armes. Il vint trouver le roi, qui l’attendait aux Tuileries sur le balcon de l’horloge, du cûté du jardin. Les troupes défilèrent. Étant de service à cette époque, c’est moi qui lui fis les honneurs de cette journée.
La santé de Louis XVllI allait, depuis une année, en décroissant d’une manière rapide. Tout faisait présager sa fin prochaine. L’affaiblissement de ses facultés et l’influence de madame du Cayla avaient contribué à mettre Monsieur dans les affaires. Ce prince finit par gouverner tout à fait, de manière qu’au moment où il monta sur le trône rien ne fut changé; et cependant il se manifestait des espérances vagues qu’une nouvelle direction allait être donnée à la marche du gouvernement.
La mort de Louis XVIII est un des spectacles les plus admirables dont j’aie jamais été témoin. Son courage, sa résignation, son calme, furent extraordinaires. Il envisagea sa fin sans inquiétude et sans terreur. Il la vit arriver sans montrer la moindre faiblesse. Je ne puis exprimer l’impression que je ressentis dans ce temps. Louis XVIII n’avait pas
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pour soutien les idées religieuses, si consolantes à l’heure suprême; il n’éprouvait pas cette foi vive qui crée des espérances au moment où tout est prêt à nous échapper. U pratiquait régulièrement les devoirs de la religion, plus comme chose d’exemple et d’étiquette que comme un vœu de son cœur et une conviction de son esprit. Son affaiblissement progressif lui annonça, longtemps d’avance, l’approche du terme de sa vie. Cette vue si prodigieuse s’éteignait et lui faisait pressentir les ténèbres prêtes à succéder à la lumière. Il voulut être mis dans le secrél de sa fin, et questionna Portai, son premier médecin. Il lui demanda si ses derniers moments seraient accompagnés de beaucoup de souffrances et d’un long séjour dans son lit. Portai refusa de répondre et rejeta bien loin l’idée de sa fin. Le roi insista et lui commanda de répondre, en ajoutant qu’il savait bien sa mort prochaine. Portai lui obéit et lui dit : « Sire, vous souffrirez peu et vous mourrez dans votre fauteuil si vous le voulez, et, dans tous les cas, vous resterez peu de temps dans votre lit. — Tant mieux, répondit le roi; je serai préservé des surplis de mon frère. » Réponse remarquable et qui indique les limites de sa croyance.
Ce pauvre roi s’affaissa graduellement, et au point d’avoir le corps courbé en cercle et le menton
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proche des genoux. Sa vie était presque éteinte. Malgré cet état de souffrance, il remplissait toujours les devoirs apparents de la royauté. Il reçut, le jour delà Saint-Ix)uis, les visites d’usage. Ce spectacle faisait mal à voir. Quelle triste disposition pour célébrer sa fête! Le samedi, 11 septembre, il déjeuna encore avec nous, ou plutôt il vint à table occuper sa place accoutumée. On fit de grands efforts pour lerelever assez pour lui faire avaler un verre de vin de liqueur. Ce jour-là fut le premier où il eut des moments d’absence. Je ne sais ce qu’il fit de désagréable à madame la duchesse d’Angoulème. Il revint à lui, et, s’en étant aperçu, il lui dit, avec un calme admirable et une douceur angélique : c< Ma nièce, quand on meurt, on ne sait pas bien ce qu’on fait. » Le même jour, madame du Cayla le vit pour la dernière fois, et elle ne sortit pas de son cabinet les mains vides. Elle lui présenta à signer un ordre d’acheter pour elle l’hôtel de Montmorency, situé sur le quai; et lui, aveugle et mourant, apposa au bas un trait informe, qui fut pris pour une signature régulière par M. le duc de Doudeauville, ministre de la maison du roi. Cet hôtel, immédiatement acheté et payé comptant au maréchal Mortier la somme de sept cent nulle francs, devint la propriété de madame du Cayla. ■
Le roi répugnait à se mettre au lit. On l’y enga-