LIVRE XXII. - I8l5-I8i
gea forlemenl, et il répondit : « Ce sera l’avis officiel de ma fin prochaine; alors, jusqu’à ma mort, les spectacles seront fermés et la Bourse en férié. Tout sera suspendu : c’est une grande chose que la mort d’un roi de France. 11 faut faire en sorte que le fardeau pèse le moins longtemps possible sur le peuple. » Il avait dit : « Je prévois aller jusqu’à jeudi; je pourrai encore tenir mon conseil le mercredi, et puis ensuite je partirai. » Le dimanche au soir cependant, il se coucha pour ne plus se relever. Le mardi, vers les deux heures après midi, on crut l’agonie arrivée, et tout le monde courut au château. Les prêtres, remplissant leur office, se mirent à réciter les prières des agonisants. 11 reprit ses sens, et, ayant entendu l’un d’eux lui dire : « Sire, unissez-vous d’intention à nos prières. » il lui répondit : « Je ne croyais pas en être déjà là ; mais, peu importe, continuez! » Sa vie se soutint encore pendant la journée et la nuit du mercredi. Le jeudi, à trois heures du matin, il expira. Il est impossible de ne pas admirer une fin si courageuse, si calme et si ferme. Il y a près de neuf ans, au moment où j’écris, que ce spectacle s’est offert à mes yeux, et j’en éprouve encore de l’émotion. 11 n’est pas de grand homme dont la vie ne serait honorée par une semblable mort.
Tous les courtisans étaient rassemblés dans la ga-
lerie de Diane. La famille royale, les prêtres, les médecins et le service de chambre étaient seuls auprès du roi. Au moment où le médecin, qui tenait le bras de Louis XVIII, eut déclaré qu’il avait cessé de vivre, madame la duchesse d'Angoulême se tourna vers Monsieur et le salua roi. Un moment après, le duc Charles de Damas vint, et, les larmes aux yeux, nous dit : « Messieurs, le roi est mort ! » Peu de minutes après, le duc de Blacas sortit et dit : « Messieurs, le roi ! » et Charles X parut. Sensation diflicile à peindre que celle produite par cette double annonce en si peu de moments. Le nouveau roi fut entouré des charges, et tout, sauf la personne du roi, se trouva dans l’ordre accoutumé. Belle et grande pensée que celle de cette vie non interrompue du dépositaire de la souveraine puissance ! Par cette fiction, il n’y a pas de lacune dans l’existence de ce pouvoir protecteur de la société, si nécessaire è sa conservation.
Le gouvernement était, par le fait, depuis plus d’une année, dans les mains de Monsieur. Ainsi le même ordre de choses devait continuer, et cependant il y avait du mouvement dans les ligures ; on voyait des espérances naître et des existences pâlir. Tout le monde accompagna le nouveau roi dans son appartement, au pavillon Marsan. Il fit connaître aux ministres qu’il les confirmait dans leurs fonc-