‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 134 sur 178 · IVRE XXII · texte numérisé non relu

IVRE XXII

lions. Chacun se relira el loul renlra dans l’ordre accoulumé.

Le roi alla s’élablirà Sainl-Cloud; là, il reçul les félicilalions de lous les corps de l’Élal. Beaucoup de harangues lui furenl adressées. Toules renfermaienl l’e.xpression de l’amour public, el je crois qu’elles élaienl sincères; mais l’amour du peuple est, de lous les amours, le plus fragile el le plus sujel à s’évanouir. Le roi répondil d’une manière admirable, avec à-propos, avec espril el avec chaleur. Ses réponses, peul-èlre moins correctes que celles de Louis XVIII, avaienl du mouvemenl el de l’àme; el il esl si précieu.x d’enlendre, chez ceux qui sonl investis de la souveraine puissance, des choses qui partent du cœur, que Charles X eut un grand succès. Je l’écoutai avec soin, el j’admirai sincèrement celte facilité de varier son langage en parlant des mêmes sujets, el de modifier ses expressions suivant le degré d’éminence de l’autorité qui l’avait complimenté. .\insi, au tribunal de première instance, à la cour royale et à la cour de cassation, on ne peut leur parler que de justice, et cependant la réponse adressée à l’un de ces tribunaux n’aurait pas convenu aux deux autres, tant la mesure était observée.

Les obsèques du roi eurent lieu suivant les formes de l’étiquette et les usages consacrés. Elles furent

célébrées avec magnificence. Toutes les troupes qui étaient à portée furent réunies. M. le Dauphin fut chargé de mener le deuil. Chose remarquable ! une discussion de prérogative et de droit s’étant élevée entre le grand aumônier et l’ordinaire, c’est-à-dire l’archevêque, il ne se trouva pas de prêtres dans le cortège funèbre du roi très-chrétien, dans le trajet du château des Tuileries à l’église de Saint- Denis.

Les restes du roi défunt furent déposés à Saint- Denis, dans une chapelle ardente. Pendant quinze jours chacun put s’y rendre pour prier. Enfin l’inhumation eut lieu. Cette cérémonie, dont les circonstances ont quelque chose de poétique et conservent encore l’empreinte du moyen âge, mérite d’être racontée avec détail.

Tout rappelle, dans cette occasion, l’origine des souverains, autrefois chefs militaires, menant les nations à la guerre et combattant à leur tête. Tout ce qui composait l’armure ou l’ornement de bataille d’un chevalier se trouvait réuni et était censé avoir été à l’usage personnel du roi. On y avait joint les symboles de la puissance publique. Ainsi, depuis les éperons jusqu’au heaume du roi, depuis sa lance jusqu’à l’épée de France et le drapeau de France, tout était porté par des individus de la cour, dési-

gnés à cet effet. Ces objets divers furent portés pro-

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