‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 137 sur 178 · LIVRE XXII. - PIÈCES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. - PIÈCES JUSTIFICATIVES

« Mais ce témoignage isolé ne pouvait effacer les assertions unanimes des autres autorités. Celles-ci donnaient d’ailleurs, chaque jour, un nouveau poids à leurs accusations en dénonçant de nouveaux complots, en se disant sur la trace d’autres conspirateurs, en multipliant les arrestations. La cour prévôtale venait encore jeter dans la balance le poids de ses arrêts sanguinaires; le fatal tombereau parcourait lentement les communes qui entourent Lyon ; au moment même où la hache faisait tomber les têtes de quelques malheureux, elle menaçait les jours d’un plus grand nombre; des horreurs sans cesse renaissantes semblaient ainsi destinées à couvrir les traces des premières horreurs, et la vérité devenait à chaque instant plus difiicile à découvrir.

« Toutefois, au milieu des incertitudes où le jetaient des avis discordants, le gouvernement apprenaitquele départementdu Rhône était livréàla plus grande terreur; que des soldats égarés traitaient les paisibles citoyens des campagnes comme les habitants d’une ville prise d’assaut; que les agents des autorités leur livraient une guerre plus terrible encore, et qu’il était à craindre que bientôt, lasse de sa résignation, la population, réellement révoltée, ne se fit elle-même justice de tous les excès dont elle était victime.

« C’est au milieu de ces graves circonstances que le maréchal duc de Raguse a été envoyé dans les septième et dix-neuvième divisions, avec les titres et les pouvoirs de lieutenant du roi. Il arriva le 3 septembre à Lyon.

« n éprouva d’abord, pour connaître la vérité, les mêmes embarras qui avaient arrêté le gouvernement. Les principales autorités fournissaient des relations si uniformes, elles paraissaient encore si alarmées des dangers terribles qu’elles avaient conjurés, disaient-elles; elles citaient un si grand nombre de faits, se prévalaient de tant de révélations, se louaient si vivement de leur dévouement et de leur énergie, attaquaient enfin le témoignage et l’opinion du fonctionnaire qui s’élevait contre elles par des imputations si graves en apparence, qu’il fallut croire un moment que la conspiration n’était que trop réelle, que la France leur devait des actions de grâces, et que tout le mal qu’elles avaient fait avait été un mal nécessaire.

« .Mais, à mesure qu’il lui fut permis de sortir du cercle étroit dans lequel il avait été renfermé pendant les premiers jours; lorsqu’il eut donné accès auprès de lui à tout ce que Lyon offrait de citoyens respectables par leur fortune, leurs lumières, leur industrie, leur caractère ou leur conduite, la situation terrible de cette ville et les événements qui

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