‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 15 sur 178 · LIVRE XXL — J8U-J8I · texte numérisé non relu

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server à Paris, pendant plusieurs années, une armée étrangère. A ce récit, je dois le dire à la louange de l.ouis XVIll, il eut un soubresaut sur son fauteuil et s’écria : « Âh ! mon Dieu ! quelle infamie ! » J’éprouvai de ce mouvement un sentiment de joie, car je vis quîil revenait roi de France, et non roi des émigrés. Il sentait la dignité de la couronne et le légitime orgueil de la- nation. Je développai avec rapidité les conséquences qui résulteraient immédiatement du seul soupçon d’un pareil projet. Le roi me fit des questions sur les hommes placés en évidence, et je lui répondis en conscience et sans passion. Il me remercia de mon zèle et m’engagea à venir le trouver pour lui dire tout ce que je croirais pouvoir lui être utile; ü se servit d’une expression vulgaire et triviale eii' me disant : « Vous sentez que celui qui tient la queue de la poêle est souvent bien embarrassé et a bien des considérations à envisager avant de se décider sur les partis à prendre; mais les opinions d’un homme de bien sont toujours bonnes à connaître. » De Compiègne le roi se rendit à Saint-Ouen. Il data de ce château la déclaration qui servit de base à l’ordre politique nouveau, et qui fut peu après consacrée par la charte. — Ici une grande question s’élève. IjC roi devait-ib donner la^Charte? Je vais discuter celte question dans toute son étendue et

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développer l'opinion seulement pressentie aloi*», mais dont le temps et les événements m’ont démontré chaque jour davantage la justesse.

Un Ûtat comme la France ne peut marcher sans des bases convenues, un ordre politique régulier et l’existence de pouvoirs dont tes rapports et le jeu soient consacrés. On ne pouvait pas revenir à

qui existait autrefois; jamais une tète sensée n’a conçu la possibilité de reconstruire un édifice dont tous les matériaux avaient été dispersés et détruits. Il fallait donc autre chose.

On pouvait choisir entre l’ordre politique fon'dé par Napoléon, en le modifiant dans une certaine mesure, ou créer de nouvelles institutions. La raison, la prudence, une sage circonspection, commandaient de s’en tenir au premier parti. Cet établissement avait déjà quatorze ans de vie, et on était certain d’obtenir par lui, dans la composition des assemblées, des choix conformes aux intérêts de l’ordre et de la tranquillité. Toutes les existences créées par la Révolution et l’Empire en ces temps pleins de virilité se trouvaient conservées intactes. On continuait un ordre régulier. On ne provoquait aucun mécontentement. Au contraire, on ajoutait au Sénat les anciennes illustrations, on lui donnait un certain éclat; car rien ne sert plus à la considération des institutions nouvelles que de

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