LIVRE XXII. — PIÈCES JUSTIFICATIVES
prouvait à quel point était porté le mépris des lois et de l’humanité. Indépendamment de celles que la procédure ordinaire plaçait sous la main de la cour prévôtale, on voyait encore dans les caves de l’hôlel de ville des centaines de malheureux, victimes (le vaines terreurs ou de funestes conseils; et là, ces malheureux, privés de tous soins comme de tout secours, attendaient des mois entiers la faveur d’être interrogés; et tel, qui ne l’a été qu’au bout de quatre-vingt-deux jours, a fini par être acquitté. L’arbitraire était porté dans toutes les parties de l’administration. Les autorités municipales prenaient des arrêtés contraires aux lois et condamnaient à l’emprisonnement pour des faits qu’aucune loi ne considère comme des délits.
<• Un aussi funeste exemple ne pouvait manquer d’être suivi par les maires des communes rurales : aussi voyait-on plusieurs de ces fonctionnaires, oubliant leurs devoirs et méprisant toutes les lois, administrer leurs communes d’après leurs passions, imposer des amendes, des corvées, et tel d’entre eux, pour satisfaire sa haine, disposer des propriétés particulières sur le plus vain prétexte, et, par les insultes les plus graves, exciter le mécontentement de ses administrés.
« Lorsque les magistrats s'abandonnaient ainsi à leurs passions sans réserve et sans pudeur, il est
facile de pressentir à quels excès se livreraient ceux
qui étaient appelés à exécuter leurs ordres.
« Des colonnes mobiles parcouraient les campagnes, imposaient arbitrairement telle commune à leur fournir, non pas seulement des vivres qui ne leur étaient pas dus, mais des effets d'habillement.
« Des détachements chargés de protéger de cruelles exécutions ont ajouté à l’horreur de ce spectacle, en insultant, en maltraitant les femmes et les enfants que la terreur n’avait pas (ïut fuir de leur domicile, l’épouse qu’on venait de rendre veuve, la mère dont ou venait de frapper l’enfant.
« Et, lorsqu’un cri d’indignation générale a forcé de livrer les coupables à la sévérité des lois, elles n’ont pu les atteindre, et c’est la terreur même qu’ils avaient répandue qui assurait leur impunité '.
« Ce n’était pas seulement au milieu des campagnes que les lois et l’humanité, plus respectable encore, étaient foulées aux pieds par des hommes in-
* Le capitaine Darillon, qui commandait & Saint-Genis-Laval le délaclienient dont je viens de rappeler la conduite, acquitté par le conseil de ; uerre, était resté dans les rangs de son rrgiincnt, malgré les instantes demandes du corps d’ollieiers, et ce n’est que (juelques joui? après l'arrivée de M. le maiéclial de Raguse qu'mi a obtenu sou renvoi.
Gondamné en l'an XI conin e parricide, le sieur Darillon s'était réfugié en Espagne, d’w'i il est rentré en Franre, à la suite de l’armée anglaise, en ISit.