‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 141 sur 178 · LIVRE XXII. - PIÈCES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. - PIÈCES JUSTIFICATIVES

dignes de porter l’habit de soldat ; au milieu même de la ville de Lyon, sous les yeux de leurs chefs, ils prodiguaient l’insulte et l’outrage.

« Pendant notre séjour dans cette ville, un sol- <lat, placé en sentinelle près d’une prison, lâche son coup de fusil à bout portant sur un malheureux qui, à travers les barreaux de sa fenêtre, leur reprochait les attentats deSaint-Genis-Laval. .\u bruit de l’explosion la garde accourt, et, sans attendre l’ordre de son chef, fait feu sur les infortunés qui s’empressaient autour de leur camarade mourant. Deux sont blessés à ses côtés; l’officier du poste, traduit devant un conseil de guerre avec les soldats, a invoqué pour leur défense l’usage suivi jusiju’alors. Jusqu’à présent, disait-il, on a tiré dans les prisons presque journellement. Et cette horrible justification, qui n’eût dû servir qu’à livrer à la justice d’autres coupables, a sulli pour sauver ceuxci '. En vain les nombreuses irrégularités de ce jugement ont été dénoncées au conseil de révision ; on n’en a retiré que la triste certitude que, dans l’état où se trouvaient les choses à Lyon, ce n’était

' Ln fifcl, on a a|i()ris que, dejmis six semaines, la même eliose était anixée quatre fois, et qu'un détenu avait été tué roidc à la jirison de Roanne, sans qu'on eut fait aueune i-erheiclie.

1.0 jugement repose sur une prétendue consigne verbale que le lieutenant général eommauilant la division disait avoir retirée, et que plusieurs eliefs <lc ce poste déelarent cependant avoir reçue.

5Si; MËMOKtES DU DUC DE RAGDSE.

plus la justice impartiale, mais l’aveugle et féroce esprit de parti qui départissait les peines et les absolutions, et nous verrons bientôt si les arrêts de la cour prévôtale étaient faits pour affaiblir cette couvicliun.

« Ici je néglige une foule dt* détails qui ajouteraient à l’horreur de la situation de cette malheureuse contrée à l’époque de l’arrivée du maréchal. Je ne parle pas des patrouilles commandées et volontaires parcourant la ville à chaque instant du jour et de la nuit, après avoir chargé publiquement leurs armes. Je ne dis pas que chaque jour, depuis un an, des visites domiciliaires, exécutées avec plus de brutalité qu’on ne peut eu supposer, allaient répandre l’elfroi dans les asiles les plus respectables, dans les familles les plus honorées. Je ne rends pas compte des circonstances du désarmement opéré ; je ne dis pas que tel habitant, après avoir abandonné les armes qu’il avait réellement, était obligé d’eu aller acheter un plus grand nombre pour les livrer encore, parce qu’il avait plu aux agents de l’autorité de fixer la quantité qu'il était présumé posséder. Je ne dis pas que la persécution contre les officiers à demi-solde avait été poussée a l’excès le plus inconcevable ; que, dans certaines communes, ils avaient reçu l’ordre de déposer jusqu’à leurs épées: que nulle part ils ne pouvaient se pré-

Page 1