LIVRE XXll. — PIÈCES JUSTIFICATIVES
senter en uniforme, ni paraître au spectacle et au café plus de deux ensemble sans s’exposera être insultés et dénoncés.
« Il serait trop long aussi de raconter les destitutions pour cause d’opinion, de parler des femmes et des enfants jetés dans les cachots pour les forcer à indiquer l’asile de leur époux et de leur père.
« Le tableau révoltant dont je viens de tracer une légère ébauche devait bien faciliter l’explication des véritables causes de l’événement qui avait servi de prétexte à d’aussi terribles représailles. Eu voyant des magistrats se livrer tout entiers à l’esprit de persécution dans un moment où le besoin de concilier et de ramener les cœurs se faisait si vivement sentir, n’était-il pas naturel de soupçonner ou leur témoignage ou leur jugement à propos de.s. faits sur lesquels la persécution était fondée.
« L’examen de ces faits eux-mêmes vint bientôt renforcer ces soupçons. Je crois qu’il est diÜicile (^^ les connaître et de douter encore.
«Il est à remarquer qu’antérieurement au 8 juin, toutes les fois que des bruits de conspiration ont circulé, que des agitations sont devenues probables, des agents des autorités ont été arrêtés comme fauteure de ces bruits ou de ces mouvements.
« Cette observation est justifiée par ce qui s’est passé à l’époque de la prétendue conspiration du
‘22 octobre 1816. Il fut alors constaté que le révélateur n’était autre chose qu’un agent dé la police militaire, et qu’il avait lui-même organisé le complot par lui dénoncé.
«Aux moisde novembre et de décembre c’étaient encore des instruments de la même autorité qui fomentaient des troubles.
« Au mois de février, l’agitation devint plus sensible, parce que la misère sans cesse croissante de la classe ouvrière les rendait plus susceptibles de recevoir les impressions funestes qu’on cherchait à leurfaire prendre. C’est dès cette époque qu’on entendit parler d’enrôlements secrets.
« Le lieutenant de police fit alors arrêter plusieurs individus qui lui étaient signalés comme coupables de ces menées. Parmi eux se trouva le nommé Brunet, ancien facteur de la poste. Il ne nia pas la part qu’il avait prise aux enrôlements; mais il fut ré- ( lamé comme agent de police militaire, et à ce titre mis en liberté.
« Au mois de mai, ce fut le sieur Cormeau, capitaine de l’ex-garde, qui fut pris en flagrant délit. Mais, comme le sieur Brunet, il déclara qu’il n’avait fait qu’exécuter les ordres de l’autorité supérieure.
« Ce qui est remarquable, c’est qu’à chacune de ces époques l’arrestation de ces divers agents ne