‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 145 sur 178 · LIVRE XXII. — PIÈCES Jl’STIFIC.XTIVES. 5Ô · texte numérisé non relu

LIVRE XXII. — PIÈCES Jl’STIFIC.XTIVES. 5Ô

faut convenir qu’il y a lieu de s’étonner qu’une semblable conduite n’ail pas rendu ce département le théâtre d’une épouvantable catastrophe.

« Si l’on se rappelle, en effet, les horreurs commises, les actes arbitraires, les ve.vations, les insultes dont on a accablé une population généreuse; si l’on fait attention que ces persécutions frappaient des hommes que la stagnation du commerce, que la misère, qu’une administration malfaisante, excitaient au mécontentement; si l’on considère qu’avant l’arrivée du maréchal ces hommes semblaient abandonnés par le gouvernement luimême, mal instruit des faits, à la haine de leurs ■ ennemis et ne pouvaient attendre leur délivrance que de leur désespoir, pourrait-on assez admirer leur longanimité, assez louer le sacrifice généreux qu’ils ont fait pendant si longtemps de leurs trop justes ressentiments?

« Eh bien, pour se faire une idée de cette admirable conduite, il faut connaître les pièges affreux qu’on a semés partout sous les pas de ceux dont on avait exaspéré les esprits.

(( Le moyen le plus fréquemment employé, et le plus dangereux sans doute, était d’indiquer des points de ralliement, de répandre le bruit d’une conspiration générale, de placer à sa tête des généraux renommés par leur bravoure et par la

3Sl MÉMOIHES DU DUC DE RAGUSE.

haine (jii’on leur suppose contre le gouvernement actuel.

« Dès la tin du mois de juin, on entendait répéter partout que les mécontents, désespérés de n’avoir pu se réunir le 8 juin, allaient tenter une nouvelle attaque. On annonçait surtout, pour un jour fixe, un mouvement à Tarare et dans les communes environnantes; les forêts voisines recelaient, disait-on, un grand nombre de révoltés : un agent du gouvernement, qui a visité cette forêt dans le plus grand détail, n’y a trouvé que deux mendiants et un vagabond.

« Un nommé Fiévée, dit Champagne, est arrêté comme l’un des provocateurs de ces troubles; il avoue qu’il a reçu une mission d’un particulier connu.

« A l’instant les bruits cessent, et Tarare est tranquille.

« Quelques jours après, des bruits plus intenses circulent dans la ville et dans les campagnes; c’est <lécidément le 25 août que les révolutionnaires ont assigné pour se livrer au massacre et au pillage, et renverser le gouvernement. Le nommé Blanc, arrêté au moment où il se rendait à Villefranche, pour y suivre des opérations, se déclare agent de l’autorité. Sur son carnet étaient inscrits comme conspirateurs dix-huit habitants des plus respec-

Page 1