‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 146 sur 178 · I.IVI1E XXII. - PIÈCES JUSTIFIC.\TIVES. à · texte numérisé non relu

I.IVI1E XXII. - PIÈCES JUSTIFIC.\TIVES. à

tables de Villefranche, avec lesquels il prétendait avoir assisté à une réunion séditieuse; interrogé et confronté, il avoue qu’il n’en a vu aucun, et que ces noms lui ont été fournis chez un fonctionnaire public de cette ville.

« Le bruit de celte prétendue insurrection était tellement répandu, que, la veille du jour fixé, plus de six mille habitants sortirent de Lyon, pour fuir les dangers dont celte ville leur paraissait menacée.

« Toutefois tout fut tranquille le 25 août, comme les jours précédents. C’est peu de jours après que le maréchal duc de Raguse arriva à Lyon : il y a paru sans troupes, n’y a fait aucune menace, aucune démonslrulion militaire; et depuis lors, nonseulement il n’y a pas eu le plus léger mouvement, mais aucun bruit alarmant n’a désormais circulé. Cette circonstance ne semble-t-elle pas faite pour achever de démontrer que le repos de celte contrée h’eût jamais été troublé, si l’autorité y avait été constamment entre les mains d’hommes capables de résister à toutes les tentations, à toutes les passions, pour veiller courageusement à l’exécution des lois, premier intérêt et première volonté du roi.

« Je n’ai pas parlé encore de tous les moyens employés pour essayer de tromper le gouverne-

5ôfi MKMOlUES DU DUC DE RAUUSE.

ment et la Fiance sur l’intensité du mal que l’on prétendait avoir arrêté, sur la gravité des dangers dont on se vantait d’avoir sauvé le royaume.

« Il me reste à jeter un coup d’œil sur le plus déplorable, sur le plus odieux de tous ces moyens, parce qu’il a entraîné des malheurs irréparables, parce que Injustice elle-même en est devenue complice, et que des malheureux ont succombé dans le sanctuaire même où l’indépendance et les lumières des magistrats semblaient leur promettre et protection et justice.

« Il devenait essentiel, pour ceux qui avaient proclamé l’existence d’un atroce et immense complot, que les malheureux, de l’ignorance et de la misère desquels on avait abusé, fussent jugés avec la plus grande rigueur. La gravité des peines et le nombre des condamnés parurent un moyen puissant de faire croire à la gravité du crime et au grand nombre des coupables. Par une fatalité que je ne cherche point à expliquer, la cour prévôtale n’a que trop bien servi cette odieuse combinaison.

a On remarque d’abord le soin qu’elle a mis à diviser en onze procédures différentes ce qui ne devait évidemment faire l’objet que d’une seule, d’après le propre système de l’accusation. En effet, bien que les mouvements eussent eu lieu dans divei'ses communes, ils avaient éclaté le même jour

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