LIVIIK XXII. — PIÈCES JUSTIFICATIVES
inailifestalion est conforme aux devoirs d‘un bon citoyen, et certes ce serait assurer la durée de leurs déplorables effets que de les enfouir au centre de la terre, comme certaines gens en ont exprimé le désir avec tant de candeur.
ft On a prétendu que c’était attenter à la dignité du gouvernement, que de signaler la coupable conduite de ses agents. L’honneur du gouvernement n’est pas dans l’impunité de ceux qu’il emploie. L’homme qui, revêtu d’un pouvoir, en use dans un but différent de celui pour lequel il lui a été confié, riiomme qui en tolère un emploi condamnable, l’un et l’autre sont coupables. Dépositaires d’une portion de l’autorité royale, de cette autorité protectrice et salutaire à l’ombre de laquelle reposent les citoyens, ils sont responsables du mal qu'ils ont fait comme du mal qu’ils n’ont pas empêché; le dépôt qu’ils ont entre les mains est un trésor dont le bon emploi intéresse autant et plus encore le souverain que les citoyens; car, si la victime d’une injustice est blessée dans ses droits, le souverain est menacé dans le premier de ses biens, dans l’affection de ses peuples... Et quelle épouvantable conséquence ne résulte-t-il pas de la conduite d’agents faibles ou passionnés, de représenter aux yeux du peuple entier celui qui est dépositaire de la toutepuissance comme incapable de protéger, et de re-
présenter au prince le peuple que des souffrances ont blessé, comme son ennemi, quand au fond du cœur ce peuple ne demandait pour prix de sa fidélité et de son dévouement que la protection qu'il était en droit d’exiger, protection qu’il était également dans l'intérêt, dans les devoirs et dans les sentiments du monarque de lui accorder?
« Pour combattre les assertions du colonel Fabvier, le général Canuel se prévaut du dédommagement très-léger que je demandais en sa faveur, en même temps que j’insistais sur la nécessité de son changement: il ne devait voir dans ma conduite que mon impartialité et les incertitudes que j’éprouvais encore. La vérité ne se montre qu’avec lenteur au grand jour, et celui qui la cherche de bonne foi la contemple souvent pendant longtemps avant de la reconnaître. Ce n’est que plus tard que j’ai acquis les lumières qui ont fixé d’une manière absolue mon opinion sur les événements de Lyon. Le général Canuel attaque en calomnie le colonel Fabvier; il doit me comprendre dans son accusation, car je déclare ici solennellement que l’écrit qu’il attaque ne renferme que la vérité. Au surplus, si le général Canuel appelle devant les tribunaux tous ceux qui professent hautement la môme opinion, il y fera comparaître la France presque entière.
« Je vous demande pardon, monsieur le duc, de
LIVRE XXII. — PIÈCES JUSTIFICATIVES. r,49 la publicilé que je donne à celle lellre; vous rendrez juslice au motif qui me décide, el vous êles Irop familier avec les senlimenls d’honneur el de délicalesse pour ne pas l’approuver.
« Je prie Votre Excellence de recevoir l’assurance de ma haute considération.
« Le m.vréciiai. dcc de Ragu.se.
f Cbàtillon-sur-Seinc, le I" \iillet 1818. »