LIVRE XXII. — PIÈCE.S J L'STIF I H ATI VES
« dix, SOUS la surveillance spéciale de la haute po- « lice. »
« La raison de cette indulgence est que, s’il importe de punir les séditieux, il importe encore plus de prévenir les séditions. 11 fallait donc poursuivre les chefs et épargner leurs malheureux instruments, au lieu de frapper en détail et d’affaiblir, en la divisant, l’action de la justice. Une seule séance de deux ou trois jours eût suffi au plus terrible exemple, et ce coup unique, tombé avec l’éclat et la rapidité de la foudre sur ceux qui s’étaient mis à la tête des attroupements, eut été pour toutes les factions une leçon plus utile que cette profusion de supplices, qui n’a jamais rendu les hommes meilleure, et qui, en se répétant de mois en mois, depuis le mois de juin, sans qu’on puisse encore en apercevoir le terme, n’a pu servir qu’à aigrir les esprits, à tourmenter l’opinion, et épouvanter toutes les imaginations.
« Malheureusement la cour prévôtale, entourée de clameurs ultra-royalistes, et se faisant peut-être elle-même une fausse idée des dangers qu’on avait pu courir, s’est laissé dominer par un système aveugle de sévérité ; réunissant ce qu’il fallait séparer, séparant ce qu’il fallait réunir, elle a confondu les chefs avec leurs instruments, et elle a divisé en onze procédures, qui ont duré quatre mois, la pour-
suite de ces divers attroupements, qui pourtant, ne formant à ses yeux qu’un seul et môme crime, ne devaient être dans cette pensée que la matière d’une seule et même instruction.
« C’est ainsi que cent vingt-deux individus présents ont été mis en jugement, et trente-trois par contumace, en tout cent cinquante-cinq, nombre effrayant, dont aucune conspiration, aucune sédition, aucun événement, n’avaient jamais donné ’exemple; de ces cent cinquante-cinq accusés, quarante-cinq seulement ont été acquittés, mais à la charge, pour la plupart, d’une surveillance et d’un cautionnement qu’ils ne sauraient fournir; vingthuit ont été condamnés au dernier supplice, que onze ont subi; quarante-deux ont été condamnés à un emprisonnement plus ou moins long; six alix travaux forcés; trente-quatre à la déportation.
« Cent cinquante familles ainsi retranchées en un instant de la société ; deux ou trois cents enfants réduits à la misère et au désespoir, non moins perdus pour la société, par la mendicité, le vagabondage et les vices qui en sont la suite; une foule de parents, de vieillards privés de tout appui sur les bords de la tombe; un nombre si extraordinaire de victimes aurait droit d’intéresser la bonté et la sagesse du gouvernement, quand même les méprises déplorables qui ont déterminé leurs condam-
LIVRE X#ll. - PIÈCES JUSTIFICATIVES. 5«9 nations ne seraient pas un appel suffisant à sa justice.
« D’abord on se plaint, non sans quelque apparence de raison, de l’espèce de déloyauté avec laquelle ont été arrêtés et livrés à la cour prévôtale la plupart des accusés qu’elle a atteints. Dispersés, comme on l’a dit, à la première apparition des gendarmes, et revenus bientôt du funeste égarement où les avaient entraînés leur crédulité et leur faiblesse, ils s’étaient retirés dans les bois, isolés et sans armes, poursuivis par le remords non moins que par la crainte. Des maires, des curés, même des militaires, prennent sur eux de publier, et ce fut sans doute de bonne foi, qu'un pardon généreux attend les fugitifs qui rentreront paisiblement dans leurs foyers, et que la justice ne s’arme que contre les chefs. Pleins de confiance en ces paroles, et incapables de mesurer la profondeur du précipice creusé par leur imprudence, les fugitifs regagnent paisiblement leurs habitations et se présentent volontairement aux autorités civiles et militaires. Deux jours s’écoulent, et ils sont tous arrêtés. Trois d'entre eux, dans la seule commune de Saint-Andéol, payent de leur tête leur fatale sécurité; sept, de la déportation; deux, des travaux forcés; ceux des autres communes ne sont pas plus heureux.
« L’instruction et les débats s’ouvrent enfin, et