LIVRE XXll. - PIÈCES JISTIFICATI VES
« loninie. » C’est à peu près en ces termes que parla cet infortune.
c< Ce langage parut ne pas plaire aux juges. Vernay a été condamné à la peine de mort, mais avec sursis et sans doute aussi avec recommandation à la clémence du roi.
« l.a grâce de Vernay se recommande assez par la générosité de ses rétractations. Sa grâce lui était assurée par l’article lOS du Code pénal en persistant, tandis qu’il courait à la mort en changeant de langage. Qui a pu l’y porter? aucun autre intérêt que celui de la vérité et de l’honneur; et, en effet, son défenseur montra clairement aux juges la fausseté presque matérielle des déclarations qu’on lui avait arrachées.
« Tant de courage mérite de fixer les regards du roi. Chaque jour sa bonté inépuisable récompense des actions mille fois moins difficiles et moins honorables : celle-là eut deux mille témoins qui admirèrent une si rare vertu et qui pleurèrent sur le malheur auquel il s’exposait. Une grâce entière, honorera l’individu, le gouvernement du roi et le nom français.
« La condamnation, d’ailleurs, fut illégale. Elle a été fondée encore sur la supposition d’un complot ou d’un attentat, tels qu’ils sont définis par les articles 87, 88, 91 du Code pénal, tandis qu’elle n’aurait
I>u l'élre que dans le cas où il y aurait eu sédition pour l'exécution du complot, suivant l’article 07. On n’a pas invoqué cet article parce qu’il n’y a pas eu sédition, et la cour prévôtale n’est cependant jamais juge du complot quand il n’y a pas sédition.
« Le crime de non-révélation, imputé aux autres condamnés, n’était pas énoncé dans l’acte d’accusation : on ne l’a imaginé que pour dire qu’il y avait quelque chose à révéler, et voilà huit victimes de plus. Ces individus méritent aussi d’obtenir la remise entière de la peine à laquelle ils ont été condamnés, en les laissant tous néanmoins, ainsi que Vernay, pendant un certain temps sous la surveillance de la haute police. »
LETTRE DU DUC DE HAGUSE AU DUC DE RIClIEl IKU.
« ChâtiU(*n-9ur'Sctne, le ôO juillet 1818,
« Monsieur le duc, j’ai reçu, il y a peu de moments, la lettre que vous m’avez fait l'honneur de m’écrire le 8 juillet, et je ne perds pas un instant pour y répondre.
« Je regrette que le mode de publication que j’ai choisi ait été blâmé parle roi. 11 m’avait paru le plus simple et le plus naturel, et que je ne pouvais m’adresser qu’au ministre qui avait reçu mes rapports. Puisque Sa Majesté le désapprouve, j’expédie
LIVRE XXII. - PIÈCES JL'STIFI' ATI VES. iü9 par eslafelle l’ordre de suspendre celte impression, s'il en est encore temps, et j’indique la nouvelle rédaction qui sera suivie. Je n’ai pu avoir l'inlen- . lion de rappeler au roi ses devoirs et de lui tracer la conduite qu’il a à tenir; une pareille pensée ne pouvait venir à mon esprit, et, si dans la lettre que j’ai eu l’honneur de vous écrire, je suis entré dans quelques développements, j’ai eu pour objet de répondre aux principaux arguments qui ont été faits contre l’écrit du colonel Fabvier et de le défendre dans ses principales parties.
« Trouvez bon, monsieur le duc, que maintenant je revienne sur la nécessité de celte publication, et que je justifie de nouveau la résolution que j’ai prise de la faire.
U 11 n’a pas tenu à moi que toute celle longue affaire n’ait été étouffée dès son principe. J’ai montré une longue patience à supporter des injures et des accusations odieuses. Lorsqu’elles ont pris un caractère officiel, il était impossible de se taire. 11 fallait que quelqu’un parlât. Le mode le plus simple était que le ministère publiât ce qu’il fallait pour fixer l’opinion. Vous pouvez vous rappeler que, dans une longue conversation que j’eus avec vous à la Chambre des pairs, je vous témoignai que je ne demandais pas mieux que de ne point entrer en lice pourvu que l'on employât ce mode de réparation,
iin MÉMOinES BU DUC DE RAG USE
mais vous me le refusâtes formellement. J’avais reçu, il est vrai, un témoignage public de la satisfaction du roi; mais M. de Chabrol, qui s’était mis à la tête de mes accusateurs, et qui contribuait à égarer l’opinion, n’avait-il pas reçu lui-même un témoignage de sa bienveillance, et de jdus n’était-il pas investi de sa confiance par la place qu’on lui avait donnée? N’élait-ce pas alors au ministère à détruire, par une démarche, l’influence fâcheuse qu’exerçait M. de Chabrol, et pouvait-il hésiter à se prononcer entre celui qui avait arrêté les maux de byon et les avait réparés autant qu’il était en son pouvoir, et celui sous les auspices duquel cette ville avait été bouleversée?
« Je voulais écrire alors. Ce fut par déférence pour les désirs du roi que je m’abstins de le faire moi-même. D’autres s’en chargèrent. Je suis resté impassible au milieu de toutes les discussions qui ont eu lieu; mais personne ne pouvait supposer que, lorsque mes amis s’exposaient pour moi , je les abandonnerais au moment du danger.
« Lorsque les affaires de Lyon ont été agitées à la Chambre des députés, et que les ministres ont pris la parole, ils n’ont pas paru en général avoir l’intention de me défendre, et la rédaction de leurs discours a été telle, que beaucoup de gens en ont conclu le contraire.