‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 21 sur 178 · LIVRE XXI. — isti · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. — isti

effet, un officier sans commandement, faisant fonction de soldat, n’a pas droit à une considération supérieure à celle qui lui appartient comme individu. Un capitaine de grenadiers de la moindre extraction aura toujours de l’importance par son commandement ; mais un garde du corps, homme du peuple, ne serait pas respecté, et son grade, que rien ne motive ( car les grades ont été uniquement imaginés et institués pour établir les commandements et assurer l’obéissance ) , le rend presque ridicule. Ainsi, dans l’armée, la considération résulte pour les officiers de leur autorité, tandis que, dans ces corps d’officiers, elle dépend de la nature des individus. Il faut donc observer avec soin la règle de choisir les gardes du corps dans la classe aisée , noble ou vivant noblement , c’est-à-dire parmi cette bourgeoisie estimable et nombreuse en France, dont l’existence est, à peu de chose près, celle de la noblesse. Sans cette condition, les corps d’exception sont plus nuisibles qu'utiles.

Un dernier but doil.êtrc de satisfaire les désirs de service que celte classe moyenne éprouve, sans donner à l’armée un développement dans ses cadres, que les finances de l’Étal ne supporteraient pas, en lui procurant une position convenable et en rapport avec une bonne éducation et une origine honorable. Mais, pour ne pas l’éloigner des principes

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militaires, il faut que ce soit parmi les sous-officiers des différentes armes, et après un service d’un temps déterminé. Alors il en résulte un avantage pour l’armée, puisque l’avancement des sous-officiers est plus rapide, ayant à pourvoir aux besoins des cadres extérieurs.

J’ai suivi ces règles ponctuellement, et j’ai eu toujours égard à l’origine et aux services; aussi ma compagnie fut-elle à l’instant meme aussi belle et aussi bonne qu’on pouvait le désirer. Les individus que je choisis ayant des droits antérieurs, je pus les faire valoir, solliciter et obtenir pour eux des récompenses. Ma position étant très-favorable, ils furent -comblés. Il en résulta de leur part un grand attachement pour moi, et par suite de cela j’acquis l’affection de toute la maison du roi. Aussi, quand plus tard ma compagnie fut réformée, à chaque nouvelle de la retraite d’un capitaine des gardes, le bruit courait-il que j’étais destiné à le remplacer.

On forma donc six compagnies de gardes du corps, fortes, avec les surnuméraires, de quatre cents hommes chacune, et quatre compagnies, dites compagnies rouges, une des gendarmes de la garde, une de chevau-légers et deux de mousquetaires. Celte formation donna lieu à la création *de cinq mille officiers subalternes, supérieurs ou officiers généraux. On peut juger d’un coup d’œil de l’effet pro-

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duil sur l’armée, au moment même où les réformes les plus grandes et les plus mal entendues venaient frapper une multitude de braves officiers, couverts de gloire et dans la force de l’âge. En même temps, comme on voyait dans les nominations intempestives des dispositions préparatoires pour remplacer les officiers actuellement en possession des emplois dans les troupes, l’avenir ne promettait pas de dédommagements aux malheurs présents. L’abbé Louis, par un calcul dur et sordide, fit mettre à la réforme un grand nombre de ces officiers, dans le moment même où il était si important de s’attacher l’armée, de lui donner de la sécurité et d'adoucir ce que les changements présents pouvaient avoir de pénible pour elle; et tout cela pour une économie de deux millions, quand la maison du roi en devait coûter plus de trois. On aura peine à comprendre une conduite si injuste et si impolitique.

Pendant l’émigration, les Bourbons n’avaient accordé aucun grade, aucun avancement. Mesure très-sage et donnant la preuve de leur considération pour les grades militaires. Celte mesure avait été observée si religieusement, qu’en 1814, quand tous les anciens officiers généraux reparurent, il n’existait que quatre lieutenants généraux, MM. de Viomenil, de Yaubecourt, de Coigny et de Bélhisi. Tous les autres étaient maréchaux de camp. Mais Dupont,

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voulant plaire à tout le monde, prodigua les grades de la manière la plus coupable et la plus insensée. Sur sa proposition, des avancements furent donnés, et les effets rapportés à des époques passées et trèséloignées. Il en résulta une confusion extrême, et l’alarme la mieux fondée dans l’état-major général de l’armée.

Une circonstance en apparence futile eut une influence fâcheuse sur cette prodigalité de grades et sembla y ajouter encore. Le roi crut plaire à l’armée, en adoptant, en opposition aux usages de la cour de France, l’habit militaire pour son costume habituel, au lieu de reprendre l’habit habillé que les rois de France avaient constamment porté depuis cent ans. A son exemple, tous les courtisans, tous les individus investis de charges à la cour, en firent autant. C’était d’ailleurs une manière économique de se faire une garde-robe. Mais, aucun d’eux n’ayant servi depuis vingt ans, ils se trouvèrent en possession seulement des grades qu’ils avaient eus dans leur jeunesse, et chacun se trouva avoir une épaulette qui ne donnait pas un rang en harmonie avec la dignité dont il était investi. Par exemple, M.deBrézé, grand maître de cérémonies, étaitcapitaine. Cette mesquine distinction faisait souffrir son amour-propre. Beaucoup d’autres étaient dans un cas semblable. Chacun donc voulut de grosses

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