LIVRE XXI. — 18U
épaulettes ou des broderies. Si Louis XVIII eût repris l’habit habillé, tout le monde eût fait de même. Je dois dire qu’en cette circonstance M. de Blacas montra du jugement et un bon esprit. Il s’opposa, tant qu’il le put, à cette espèce de dévergondage dans la distribution des grades et refusa à plusieurs reprises l’avancement dontDupont voulait le gratifier.
Avant d’aller plus avant, je chercherai à faire connaître Louis XVIII, tel que j’ai cru le voir. Louis XVIII était un composé de qualités et de défauts fort opposés. Il présentait les plus grands disparates dans ses habitudes et dans son caractère. Ayant adopté quelques idées nouvelles, il tenait du doctrinaire; mais ses habitudes et ses mœurs étaient toutes de Versailles et rappelaient ses premières année.s. Ainsi en lui se livrait un combat perpétuel entre les nécessités dans lesquelles il était placé, ses opinions et ses goûts. Ces combats ont plus d’une fois rendu la marche de son gouvernement incertaine et vacillante. Son esprit beaucoup trop vanté, et eu réalité d’assez peu d’étendue, était souvent fau.\. Sa mémoire prodigieuse et son instruction trèsgrande en littérature lui donnaient le moyen de faire les tours de force les plus extraordinaires et d’éblouir ses auditeurs; mais il était au-dessous de la plus mince discussion. Son cerveau, propre à tout retenir, ne produisait rien. Jamais il n’alla jusqu'à
un troisième raisonnement pour défendre une opinion adoptée d’avance. Son caractère avait de la modération, peu de franchise et assez de bonté. On trouvait en lui de la séduction dans les manières, de la grâce dans le langage, de la coquetterie dans les paroles, et une puissance et une autorité dans le regard que je n’ai vu à personne au même degré. On le savait faible, et malgré cela il imposait. Il était assez généreux, et même grand et délicat dans ses largesses. Son orgueil bourbonien était tellement exagéré et absurde, que lui, si redevable aux souverains de l'Kurope, imagina dans deux circonstances de prendre le pas sur eux et chez lui. Donnant à dîner à l'empereur d’Autriche, à l'empereur Alexandre et au roi de Prusse, il passa le premier pour se mettre à table. Dans une autre occasion, étant placé sur un balcon pour voir défder les troupes, il avait fait placer un fauteuil pour lui et des chaises pour eux. Lçs souverains restèrent debout, et il fut supposé que le roi était placé dans un fauteuil à cause de ses infirmités.
Solennel dans les petites choses, Louis XVIll croyait se faire admirer par des phrases dites avec prétention, souvent très-ridicules. Son organisation était incomplète et bizarre : avec une bonne tête et un bon estomac, le reste du corps était si mal conformé, qu’à un âge peu avancé encore il pouvait à
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