‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 24 sur 178 · VII · texte numérisé non relu

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MÉMOinES Uü DUC DE DACUSE.

des grandes charges cl les ca|)ilaines des compagnies de la maison du roi. Après le déjeuner, qui dura d’ahord vingt-cinq minutes, et qui, avec le leiiips, devint beaucoup plus long, on passait dans son cabinet, où une conversation s’entamait. Madame la ducl esse d’Angoulcme cl une ou deux de ses dames déjeunaient toujours avec lui. A onze heures moins cinq minutes, elle se retirait, et alors quelque histoire graveleuse, tenue en réserve, était racontée par le roi pour égayer ses auditeurs. A onze heures, il congédiait son monde. Alors commençaient pour lui les audiences accordées aux particuliers, et cela jusqu’à midi. A midi, il se rendait à la messe avec son cortège, toujours composé au moins de vingt personnes. Au retour de la messe, il recevait ses ministres quand ils avaient à lui parler, ou sou conseil, qu’il tenait une fois par semaine. Ce conseil ne durait jamais une heure. Lorsque, quelques années plus tard, madame du Cayla fut dans les bonnes grâces du roi, c’était toujours le mercredi, après le conseil, qu’elle arrivait. Elle restait deux ou trois heures avec lui sans que personne put entrer. Les autres joure, il passait une heure ou deux à écrire ou à lire et à faire des plans de maison, qu’il jetait ensuite au feu. Arrivé à deux, trois ou quatre heures, suivant la saison, il allait à la promenade, et faisait quatre, cinq.

LIVIIE XXL — isii- 1815 . 51

jiisciirâ dix lioiies, dans une grosse berline, sur le pavé, les chevaux courant ventre à terre, accompagné d’une nombreuse escorte. Louis XVIII avait cinq promenades fixes, tracées d’avance et toujours les mêmes. Des relais d attelage et des dé,tachemenls de troupes, placés de distance en distance, employaient Jusqu’à trois cents chevaux. II dinait à six heures en famille, mangeait beaucoup, et avait des prétentions légitimes à la gourmandise. Le dîner durait jusqu’à sept heures environ. La famille royale restait réunie jusqu'à huit heures, et puis se retirait. A huit heures, tout ce qui avait le droit, d’entrer chez le roi, sans audience préalable, et qui voulait lui parler en particulier, pouvait demander a être admis, et était reçu à son tour. Un ou deux ministres y venaient presque chaque jour. A neuf heures, il sortait dans la salle du conseil, et donnait l’ordre, c’est-à-dire le mot d’ordre du château. Un certain nombre d individus avait le privilège d’y venir, et ils en profilaient pour lui faire leur cour. L’ordre durait ordinairement vingt minutes, et, après avoir dit un mot à chacun, il se relirait. Alors arrivait M. Decazes, pendant le temps de son ministère. Le roi, après être resté seul avec lui jusqu’à onze heures, se couchait.

Louis XVIII avait quelquefois des mots heureux ; plusieurs ont été conservés. Il était d’une exacti-

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tilde extrême. Un jour qu’on le remarquait, il dit cette phrase connue : « L’exactitude est la politesse des rois. » — Souvent aussi ses paroles avaient une sorte de niaiserie prétentieuse. J’en pourrais citer beaucoup, mais en voici deux que ma mémoire me rappelle en ce moment.

Nous étions à déjeuner, et j’envoyai demander de la poularde à M. de Luxembourg, placé presque en face du roi. Au lieu de m’envoyer, comme il est d'usage, une aile ou une cuisse, il se mit à lever des aiguillettes, comme on fait au canard. Le roi, s’en apercevant, lui dit : « Monsieur de Luxembourg, mais comment servez-vous donc cette volaille? >> Et celui-ci, avec un ton niais qui lui était particulier, lui répondit ; « Mais, Sire, c’est à l’anglaise. » Le roi lui répondit d’une voix de tonnerre : « A l’anglaise! à l’anglaise! soyons Français avant tout. » 11 crut avoir dit un mot à la Louis XIV et la plus belle chose du monde.

Dans les dernières années de sa vie, à l’époque de l'expédition d’Espagne par M. le duc d’Angoulême, on parlait un soir à l’ordre avec éloge de ses opérations; et lui, prenant la parole, dit : « Il y a longtemps que les Epagnols connaissent mon neveu. En 1815, à sa voix, ils se sont arrêtes et ont rebroussé chemin. (Effectivement, M. le duc d’Angoulême vint interposer ses bons offices pour empêcher l’en-

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