‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 28 sur 178 · LIVRE XXI. — 18U-1815. (il · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. — 18U-1815. (il

tiuée. En donnant du crédit à mes accusateurs, de l’union à mes ennemis, elle a modifié mon existence d’une manière funeste. Aussi elle doit entrer dans mes récits. Je parlerai donc une fois avec détail de mes chagrins domestiques, afin de ne plus revenir dans la suite sur ces pénibles souvenirs.

Mes longues absences, et l’existence indépendante et brillante dont jouissait madame de Raguse, avaient porté leur fruit. Des chagrins de toute espèce avaient été mon partage. Revenu dans mes foyers, j’y trouvai des habitudes que je ne pouvais supporter, habitudes tellement prises, qu'il était im possible de les combattre avec succès. Je me bornai à vouloir, de la part de madame de Raguse, delà réserve. Je calculai une existence toute de convenance; mais son caractère était peu propre à la conciliation, et elle trouva moyen de me rendre la vie insupportable. Tout en elle était passion et déraison. Alors je résolus de me séparer d’elle à l’amia-

rail s'cxiiosor à une |icrte certaine, plutôt que de reconnaitre d'iivance un péril éminent dont les esprits les moins clainoyauts étaient frappés. 11 n’a donc rien voulu piévoir ni rien préjiarer, et ccpeiidaiit avec une autre détemiiiiation il avait des chances de salut. Car, s'il se fut abandonné li un inouvcnient généreux sous les yeux des Parisiens, a|>iwiyé h des ouvrages faits avec soin, avec le secours de tous les moyens matériels et moraux dt's haliitants, dont les esprits eussent été électi iscs, Na|)oléun eut obtenu une fin magnanime et glorieuse ou un triomphe immortel.

(iVotc du duc de Haguse.)

MÉMOIUES DU DUC DE UACUSE

ble cl sans celai. Je poussai la dclicalcssc de ma conduile jusqu'à renoncer volonlaireinenl aux avanlagcs de forlune qui résullaicnl légilimemenl de mon union avec elle.

Quand je l'avais épousée, elle m’avait apporté en dot quinze mille francs de renies. A l’époque de mon mariage, j’étais riche, ou au moins je le devins peu après. De grands Iraitemcnls, qui augmentaient sans cesse, des dotations considérables et tous les avantages d’une position brillante qui, certes, avaient de beaucoup dépassé les espérances qu’elle avait pu concevoir en m’épousant, furent partagés avec elle.

En ce moment, c’est-à-dire à l’époque de la rentrée des Bourbons, elle était, par la mort de son père, en possession d’une grande forlune, tandis que mon existence avait déchu. Mes revenus étant diminués par le fait de la Restauration, il eût été juste, comme il était de droit, qu’après avoir pris sa bonne part de mes prospérités, je pusse jouir des siennes; mais je déclarai qu’étant déterminé à ne plus vivre avec elle je ne voulais pas de sa fortune. Dès ce moment nos intérêts furent distincts. J'allai me loger loin d’elle, cl il fut convenu seulement que, ne jouissant pas de sa forlune et renonçant à son administration, je n’en serais pas responsable.

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Ma sépaialion la contrariait beaucoup. Elle craignait les elTets qui en résulteraient pour elle dans l’opinion. Elle aurait trouvé commode d’avoir auprès du monde la protection de son mari, que la position qu’elle avait prise lui rendait si nécessaire, et cependant elle répugnait à l’aider dans ses succès sociaux. Un jour, quand je Croyais encore possible de vivre avec elle, et lui ayant dit : « Nous allons tenir une bonne maison; il en résultera de grands avantages pour ma position à la cour, » elle me répondit : « Ah! vous croyez que je vais vous servir de marchepied! » Héponse où la haine se montre à découvert, puisqu’elle l’aveuglait même sur ses propres intérêts. Effrayée cependant du jugement du public et dans le but de l’égarer sur les véritables causes de notre séparation, elle n’hésila pas à réunir autour d'elle mes ennemis politiques, afin d’avoir des amis et des preneurs. Des amis, hélas! le seul moyen, pour elle, d’avoir des gens qui en tinssent le langage était de servir leurs passions et de donner de bons dîners. Aujourd’hui, moii.s riche, elle est fort délaissée, son caractère étant tout à fait incompatible avec l’amitié. Ce sentiment divin exige un cœur tendre, généreux, de la justice, de la raison, de l’indulgence, et une sorte d'égalité au moins dans les rapports, si elle ii’cst pas dans la nature des choses. Elle, au contraire,

Ci Ml^MOIRES uy DUC DE RAGDSE.

ôgotsle, passionnée, déraisonnable, enfant gâté, exigeante, impérieuse, voulait des esclaves, et non des égaux. Du moment où la femme portant mon nom, qui, de près ou de loin, devait toujours partager mes succès et mon existence, s’unissait intimement à mes ennemis, elle donnait le plus grand crédit aux calomnies débitées contre moi.

Voilà ce que madame de Raguse a été envers moi; voilà mon principal grief contre elle, celui que je ne saurais jamais lui pardonner. Elle a tenté de flétrir ma vie; mais, si elle n’y a pas réussi, elle est parvenue au moins à la déchirer. Pour finir enfin ce qui la concerne, je dirai qu’au 20 mars (1815) son affection parut se réveiller; mais, comme avant tout elle s’occupait toujours de ses intérêts, et que nos affaires d’argent n’avaient pas pu encore être définitivement réglées, elle me demanda, en raison des chances que j’avais de périr dans la lutte, de faire une disposition testamentaire qui lui donnât la jouissance des bénéfices de la communauté, afin de ne pas avoir de discussion avec mes héritière. J'eus la bonté d’y consentir. Elle a dit et a répété qu’elle m’avait envoyé des sommes considérables à Gand. Elle m’aurait peut être donné quelque argents! je lui en avais demandé; mais je n’en ai pas eu besoin, et elle ne m’en a pas olTcrt.

Les événements qui m'ont fait quitter la France

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