‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 30 sur 178 · LIVRE XXI. - 18U-I · texte numérisé non relu

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rité. Celle mesure était bonne. C’élait tout à la fois un moyen de satisfaire l’ambition des chefs de l’armée, de créer de grandes existences indépendantes des rouages habituels, nécessaires à l’administration, et de pourvoir ainsi à notre manque d’aristocratie. On aurait pu leur donner des attributions plus étendues sans contrarier l’ordre constitutionnel. Elles auraient servi à augmenter la force du gouvernement, à ajouter à son action et à préparer des influences utiles pour les élections; mais tout cela ne fut qu’ébauché. Bientôt même, le gouver- - nement revint sur ces dispositions salutaires en retirant tout pouvoir aux gouverneurs. Il cédait en cela à la tendance que les ministres n’ont cessé d’avoir, pendant toute la Restauration, de rabaisser le pouvoir du roi, l’éclat de la couronne et la considération due aux militaires, de se mettre en tutelle sous les avocats et de rehausser l’ordre civil, si habituellement en France composé de gens sans antécédents et sans autres droits que ceux résultant du caprice de ceux qui les nomment, tandis que l’ordre militaire existe par lui-même, exige de longues épreuves de la part de ceux qui parviennent à devenir ses chefs, et ne les admet qu’après avoir montré leur capacité dans la conduite des hommes.

Le maréchal Soult eut en partage, comme gou-

verneur, les départements de l’Ouesl. II y tint une conduite étrange, indigne d’un homme qui se respecte, en feignant des sentiments qu’il n’avait pas et ne pouvait pas avoir. Mais il arriva à son but, tant les Bourbons, naturellement déliants avec les gens loyaux et francs, sont facilement trompés par ceux qui flattent leurs passions.

Soult vit en détail les officiers qui avaient soutenu la cause royale dans nos guerres civiles. Son devoir était sans doute de réclamer des actes de justice et de bienfaisance du roi, eu faveur de gens qui avaient défendu ses intérêts, été victimes de leur dévouement, et possédaient des droits incontestables au moment où la chance, funeste de[)uis tant d’années, leur était devenue favorable. Mais il ne devait pas oublier ses antécédents. Il dit à eos vieux officiers royalistes rassemblés : « Messieurs, c’est nous qui nous sommes trompés; vous ne devez pasvenirdans nos ra ngs, c’est nous qu i devons pa sser dans les vôtres. » — Ainsi il abjurait les actions de toute sa vie et tout ce qui l’avait élevé au-dessus de la foule. U oubliait la gloire de nos champs de bataille, ledévoucment de notre jeunesse, et les temps héroïques qui nous donneront une place distinguée aux yeux de la postérité. Il reniait ses dieux pour se faire courtisan. N’imagina-t-il pas d’élever un monumentaux victimes de Quiberon, non de faire

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