LIVRE XXI. — i8U-i8i
poser niodcslement une pierre sépulcrale où on aurait gravé une phrase d’une piété et d’une philosophie chrétiennes sur les malheurs des temps où nous avons vécu ; mais il proposa une souscription pour faire un monument destiné plutôt à rallumer des haines qu’à calmer les passions.
Ce projet étant adopté avec empressement par la cour, le maréchal Soult fut porté au.x nues. Je gémissais intérieurement de tant de fausseté d’un côté, de tant de crédulité de l’autre, quand un jour, au.x Tuileries, Soult m’aborda pour me proposer de souscrire. Je lui répondis qu’assurément on me couperait le poing avant d’y poser ma signature. 11 me répliqua, en prenant un ton solennel et pathétique : « Les ossements sont encore à découvert. » — Je lui répondis : « Je ne vous connaissais ni si religieux ni si sensible; » et je lui tournai le dos. Bientôt, à la cour, on ne jura que par lui.
On avait imaginé de conserver la garde impériale, sans la satisfaire. De trois partis on avait pris le plus mauvais. La vieille garde étant composée de l’élite de l’armée, se l’attacher et la combler, c’était conquérir toute l’armée. Puisque les Bourbons voulaient des gardes du corps, elle se serait contentée d’un service extérieur, ainsi que l’a fait depuis la garde royale. 11 fallait se prononcer nettc-
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ment et promptement sur cette question capitale, et moi qui connaissais bien l’état des choses, je déplorais l’erreur dans laquelle on était tombé. On lui laissa sa solde et on lui donna le titre de grenadiers de France, en lui assignant Metz pour garnison. II était louable de ne pas toucher à son bienêtre; mais c’était bien peu connaître les gens de guerre en général et surtout en France, que de mettre ses intérêts pécuniaires avant ce qui est honneur et considération. Il y a de l’un à l’autre une distance incommensurable.
Notre métier a l’amour-propre et une noble fierté pour base. Tout ce qui choque ces sentiments aliène les esprits et blesse profondément le cœur. Je cherchai à éclairer le général Dupont à cet égard; mais il ne sut ou ne voulut rien comprendre. J’en parlai à M. de Blacas à plusieurs reprises; mais, quoiqu’il m’écoutai, mes phrases glissaient sur lui. Un matin cependant, avant le déjeuner, nous renouvelâmes cette conversation, et il me demanda ce que ferait cette vieille garde si Napoléon venait à tomber comme du ciel au milieu du royaume. Je lui répondis : « Si alors la garde est attachée à la maison du roi, honorée et satisfaite, elle sera fidèle; mais, si elle est surprise dans l’état où elle est aujourd’hui, elle ira, quoi qu’on puisse faire, joindre Napoléon et entraînera toute l’armée. » Etc’ est ce qui