LIVRE XXI. — 18 U-I 81 S
est arrivé! Le roi devait s’emparer de cette troupe, adopter ses intérêts, s’entourer de ce monument vivant de nos temps de puissance et d’éclat. Il fallait, petit à petit et au moyen d’avancements et de récompenses, changer les officiei-s, et il n’y avait plus alors une seule chance pour que ce corps d’élite fût infidèle; car les braves gens se gagnent par la confiance. La compagnie de grenadiers à cheval de la Rochejaquelein, sortant de la garde impériale, n’a pas hésité un instant à remplir ses devoirs jusqu’au moment où, le roi ayant quitté la France, elle a été licenciée. Plus tard, les soldats revenus de File d’Elbe, placés dans la garde royale, ont donné constamment l’exemple de la fidélité et du dévouement.
On prit envers l’armée une mesure dont je gémis conîme de tant d’autres choses : elle montrait une grande ignorance de l’esprit militaire. Le ministre de la guerre imagina de faire signer au roi une ordonnance qui changeait les numéros de presque tous les régiments, et voici à quelle occasion. Deux ou trois numéros étaient vacants par suite de réformes anciennes. Il était assurément fort peu important que ces numéros fussent remplis ou non. Ou imagina, par un esprit d’ordre et de symétrie poussé jusqu’au ridicule, de faire disparaître cette lacune. Puisqu’on était décidé à satisfaire ce ca-
price, on pouvait prendre les derniers régiments pour leur donner les numéros vacants. Au lieu de cela, on arrêta de faire les changements de proche en proche. Ainsi le ôü' régiment, par exemple, devint le 29% le 51' le 50% etc., de manière que tous les numéros au-dessous des vacants furent changés. Cependant, après de longues guerres, les numéros des régiments sont devenus des noms propres, auxquels les souvenirs de la gloire acquise attachent, et c’est blesser gratuitement des sentiments nobles et légitimes que de les en dépouiller. Le premier acte de Napoléon après son retour, pendant les Cent-Jours, fut de rendre à chaque corps le numéro ancien qu’il avait perdu.
Nous étions six capitaines des gardes du corps. Chacun de nous avait ainsi deux mois de service par an. En 1814, quatre mois étant déjà écoulés à l’époque de l’entrée du roi, il fut décidé que chaque capitaine des gardes, pour cette fois, ne ferait que six semaines de service. Ma compagnie étant la sixième, mon service commença le 16 novembre.
On pouvait déjà remarquer bien du mécontentement, de l’inquiétude, et soupçonner des intentions coupables. Les rênes du gouvernement flottaient. On avait le sentiment de n’être pas gouverné, et les actes du pouvoir, souvent en contradiction avec l’opinion publique, semblaient menaçants pour