‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 33 sur 178 · LIVRE XXI. — 18 U-I 8 IS · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. — 18 U-I 8 IS

l’avenir. On redoutait tout des influences qui entouraient la famille royale; mais, quand à la tribune un ministre du roi vint flétrir le passé par son langage, l’alarme fut à son comble. En elfet, -M. Ferrand, je ne sais plus à'quel propos, parla de ceux qui avaient suivi la ligne droite pendant la Révolution, et l’on devine que cette ligne droite était celle de l’émigration. Dès ce moment, chacun se crut frappé dans son honneur. A mes yeux, les hommes qui ont le plus influé sur la catastrophe de 1815, et contribué le plus puissamment à amener le 20 mars, sont MM. Dupont et Ferrand. L’un a compromis et sacrifié les intérêts matériels de l'armée; l’autre, les intérêts moraux de tout ce qui avait servi, de tout ce qui avait eu du pouvoir ou marqué pendant la Révolution et l’Empire.

Le mécontentement se montrait de diverses manières, et mille symptômes le faisaient reconnaître. Des réunions eurent lieu parmi les factieux, ei des projets criminels furent conçus. Le roi avait cru convenable de se montrer en public aux différents spectacles. Ses infirmités lui rendaient difficile de se mouvoir. On disposa dans chaque salle de spectacle, pour la circonstance, une grande loge d’un accès facile, où il pût arriver commodément. Cet appareil et l’éclat des préparatifs firent de ces représentations de véritables fêtes. L’affluence était

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extrême. La loge du roi, placée au centre des premières, ornée avec soin, très-vaste, contenait toute la famille royale. Le roi, madame la duchesse d’Angoiilème et les princes arrivaient ordinairement dans une seule voiture à glaces, où cinq pereonnes pouvaient tenir à l’aise.

Le tour de la représentation de l’Odéon vint au moment où j’étais de service, vers la fin de novembre ou dans les premiers jours de décembre. Tout était commandé et prêt pour partir à sept heures, quand, vers cinq heures, un homme affidé et dévoué, accourut près de moi et me prévint qu’un complot était formé contre la vie du roi et de sa famille. L’exécution devait avoir lieu le soir même. Cet homme, dont j’ai oublié le nom, sortait d’une réunion de mécontents où l’on avait arrêté de s'embusquer au nombre de cent cinquante hommes, armés de pistolets et de poignards, dans les environs du pont Neuf. On devait arrêter la voiture du roi, s’emparer de la famille royale et la jeter tout entière à l’eau. L’escorte ordinaire du roi, dans ces occasions, ne se composait alors que de douze gardes du corps.

Aussitôt après avoir reçu ce rapport, je montai chez le roi pour lui en rendre compte. Il me dit, sans la moindre émotion, qu’il ne changerait rien à ses projets, et me chargeait de pourvoir à sa sù-

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