‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 34 sur 178 · LIVRE XXL — IRU-I8I · texte numérisé non relu

LIVRE XXL — IRU-I8I

reté. J’envoyai chercher le général Maison, commandant la division, et le général Dessole, commandant la garde nationale, et nous convînmes des mesures à prendre. Je fis montera cheval cent gardes du corps; des détachements de la garnison furent répartis sur la route que devait parcourir le roi, et, au lieu de l’accompagner en voiture, je l’accompagnai à cheval. Ces mesures déconcertèrent les conspirateurs, et rien ne fut tenté. Le roi et sa famille furent parfaitement calmes en allant et en revenant, et cependant un véritable et grand danger avait été couru. On chercha à tourner en ridicule les mesures de sûreté prises; mais le fait était certain, le projet formé et au moment d’être exécuté. Dans les Cent-Joors, un offîcier-général médiocre, et jouissant de fort peu de considération dans l’armée, qui était à la tête du complot, s’en vanta publiquement.

L’hiver se passa en agitations sourdes. Chacun avait le sentiment des dangers dont la société était menacée. Mille symptômes de révolution s’annonçaient, et les dépositaires de l’autorité étaient seuls dans une sécurité funeste. Un voile épais couvrait leurs yeux. Les sottises de Dupont s'accumulaient sans cesse, la voix publique s’élevait toujours davantage contre lui. L’on se décida enfin à le remplacer. Il avait cru fonder la durée de sa puissance

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sur la protection des courtisans; protection achetée au prix de mille abus. Il faisait un calcul indigne d’un homme d’esprit, cl surtout d’un honnête homme. Le devoir d’un ministre est de tout sacrifier au bien de son pays et du service de son souverain; mais son intérêt bien entendu lui commande la même conduite; car le désir le plus ardent des souverains devant être avec raison, de vivre tranquilles, puissants et honorés, il ne leur viendra jamais dans la pensée de renvoyer un ministre qui leur procure ces biens. G esl toujours à l’occasion d’un embarras, d’une difficulté dans la marche du gouvernement, que les méconlenlements publics se développent, et ces mécontentements amènent les changements de ministres. Que les ministres et les souverains gouvernent bien; les premiers sont assurés de conserver leurs portefeuilles, cl les seconds de vivre tranquilles sur leur trône. Voilà le secret pour empêcher les révolutions.

Dupont fut renvoyé ; mais par qui fut-il remplacé? Par Soult. Et cela devait être. Homme de talents contestables, d’un esprit médiocre, ses qualités militaires se bornent à savoir bien organiser; mais jamais il n’a su mener ses troupes au combat. Il est seulement remarquable par une ambition sans bornes. Son instinct le rend propre à jouer tous les rôles. On a vu comment il avait

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