LIVRE XXI. — I8ti-i8i
homme, fort dévoué sans doute, mais dépourvu des facultés nécessaires pour remplir convenablement ce poste, et privé de cette espèce de malice qui donne le moyen de découvrir les intentions coupables. Enfin, l’obstination de M. de Talleyrand au congrès de Vienne à dépouiller Murat du royaume de Naples ayant amené celui-ci à mettre son armée en mouvement, des bruits de guerre en étaient résultés. Le gouvernement français s’en était inquiété, et, en conséquence, il dirigeait vers notre frontière des Alpes cinquante mille hommes de troupes pour en former un corps d’observation. C’est dans ces circonstances et sous ces auspices que Napoléon se décida, avec mille hommes dévoués, à venir tenter la fortune. 11 masqua avec habileté son départ de l’ile d’Elbe; il échappa aux croisières françaises et anglaises chargées de le surveiller, et débarqua enfin au golfe de Juan le 1" mars.
J’étais allé fermer les yeux de ma mère qui mourut le 27 février et je comptais rester quelques jours à Châtillon, quand un courrier, expédié de Paris, me fit revenir promptement dans la capitale. J’y étais de retour le 7 au soir. Je trouvai les esprits dans une grande agitation, et tout le monde dans un grand émoi. On connaissait déjà le refus d’Antibes d’ouvrir ses portes; mais en même temps le commencement du mouvement de Napoléon par
MÉMÜIIIES DU DUC DE RACUSE.
les montagnes pour se rendre en Dau|»hiné. Les ennemis des Bourbons étaient ivies de joie à Paris. Leurs partisans affectaient une inej)te sécurité, et cependant il était diflicile qu’elle partît du cœur. L’aveuglement de quelques-uns était tel, qu’ils se réjouissaient de voir Bonaparte venir se livrer luiméme, comme un papillon, disaient-ils, qui vient se brûler à la chandelle.
La maison du roi était composée de douze compagnies. Ce corps ayant besoin d’un chef unique pour présenter un peu d’ensemble, le commandement général m’en fut donné. Je ne dirai rien de la marebe de INapoléon et de la manière brillante dont il se tira des dangers qu’il avait à courir. La grande crise pour lui était l’effet que produirait sa rencontre avec les premières troupes. La moindre résistance devait occasionner sa perte, comme aussi la première défection en amener beaucoup d’autres. On sait comment il présenta sa poitrine aux premiers soldats qui avaient refusé d’abord de parlementer, et l’effet produit par ce mouvement généreux. La résolution de défendre Grenoble, prise par le général Marchand, fut déconcertée par la démarche de la Bédoyère, qui vint avec son régiment rejoindre Napoléon. Depuis ce moment la cotitagion gagna rapidement. Un obstacle matériel, qui aurait forcément arrêté l’Empereur, favoiisé