LIVHE XXI. — 1SU-IS
un engagement à distance et empêché un contact immédiat avec ses troupes, pouvait seul suspendre ses progrès.
Cette entreprise audacieuse, la manière dont elle lut e.xécutée, la supériorité avec laquelle Napoléon avait jugé l’état véritable de l’opinion, rappellent son plus beau temps et l’éclat des prodiges de sa jeunesse. C’était le dernier éclair de son génie, la dernière action digne de sa grande renommée.
Monsieur partit pour Lyon, accompagné de M. le duc d'Orléans et du maréchal duc de Tarente. On pressait l’arrivée des corps précédemment mis en mouvement pour se portera la frontière. Des troupes nombreuses étaient déjà à I>jon. F..a garde nationale semblait animée d’un bon esprit, et Napoléon approchait. Rien ne semblait plus urgent que <le couper les ponts du Rhône, et de ramener sur la rive droite tous les bateaux. Alors il n’eût pas été impossible de parvenir à faire tirer quelques coups de canon. Dix suffisaient peut-être pour changer l'état de la question. Des dispositions furent prises pour faire sauter le pont de la Guillotière; mais M. de Farges, maire de Lyon, vint pleurer auprès de Monsieur sur ce dégât fait à un monument de la ville, et Monsieur, avec cette bonté tenant de la faiblesse, si souvent l’apanage des Bourbons, donna l'ordre de cesser les travaux, ün fit un barrage. Les
soldats de Napoléon le franchirent, après avoir parlementé un moment avec ceux qui étaient chargés de le défendre. Tout le monde cria : « Vive f Empereur ! » et Monsieur, le duc d’Orléans et le maréchal Macdonald n’eurent d’autre parti à prendre que celui d’une retraite précipitée.
A mon arrivée à Paris, j’avais parlé au roi de la grandeur des circonstances, et il me parut les apprécier, quoique montrant beaucoup de confiance dans la fidélité des troupes ; mais chaque jour rendait plus vaines ses espérances. Les événements de Grenoble et de Lyon me parurent décisifs, et je redoublai mes instances auprès du roi pour qu’il arrêtât, sur-le-champ, le parti à prendre quand Napoléon serait près de Paris, car son arrivée était inévitable et prochaine.
Chaque soir j’allais trouver le roi. Je cherchais à réveiller son esprit et à provoquer une résolution. Je lui disais et lui répétais sans cesse : «Sire, le courage ne consiste pas à se déguiser le danger. Le talent le fait reconnaître de bonne heure. Le courage, avec le secours du temps, donne le moyen de le vaincre; mais le temps, élément indispensable, doit être employé utilement. Voulez-vous quitter Paris à l’approche de Napoléon? Alors où irez-vous? Il est indispensable de vous décider d’avance, car il faut préparer votre roule, et s’assurer que des mains