LIVRE XXI. — 1814-1815. X
fidèles vous conserveront la retraite choisie. Si vous vous décidez à rester à Paris, il faut pourvoir à votre sûreté, et pour cela mettre en état de défense les Tuileries. 11 serait fou d’adopter ce parti, sans prendre des précautions de sûreté dans votre propre palais, et de croire que la majesté du trône imposerait à Bonaparte. Une insurrection populaire, fomentée par lui, vous aurait bientôt fait dispai*aitre, sans avoir mis son autorité ostensiblement en jeu. Si vous restez à Paris, et je crois que c’est le parti le meilleur, il faut disposer le palais de manière à exiger qu’une batterie de pièces de gros calibre soit nécessaire pour le démolir. Je suis du métier, et je prends l’engagement, si on me donne tout pouvoir, et avec les ressources que présente Paris, de mettre, en cinq jours, les Tuileries et le Louvre dans un état de défense convenable, tel, en un mot, qu’il exige l’établissement d’une batterie de brèche. 11 faut placer dans le château des vivres pour deux mois, et s’y enfermer avec trois mille hommes. La maison du roi, sans instruction pour le service de campagne, sera excellente pour cet objet. Elle est composée de gens de cœur, de gens dévoués, et chacun briguera l’honneur d'être associé à cette défense ; muni de vivres, on ne serait pas obligé, au bout de huit jours, de se rendre à discrétion. 11 faut que le roi s’enferme dans celte
ospèco (lo forlcrosso, avoc tout ce qui constituer la majesté du gouvernement, avec ses ministres, avec les (.humbres, mais qu il y soit seul de sa famille. Monsieur et ses fils doivent sorlir de l’aris ; non pas furtivement, mais à midi, après une proclamation, et chacun doit prendre une direction différente. Cette proclamation annoncera qu’ils vont chercher des défenseurs, ou au moins des vengeurs. Alors que fera ÎS’apoléon? üsera-t-il attaquer le roi dans son palais par les moyens d'un siège régulier? Le monde verra-t-il, sans émotion et sans intérêt, un vieux souverain restant sur le trône, et résolu à s’ensevelir sous les débris de sa maison ? Non, assurément, l’opinion serait révoltée, même parmi les amis de Napoléon ; et les femmes de Paris, dont le royalisme est si prononcé, auraient bientôt séduit les soldaLs restés lidèles à Napoléon, devenus les instruments de ses rigueurs. Le scandale d’une semblable lutte, si éloignée de nos mœurs, en empêcherait le succès. Une résolution si magnanime réagirait sur les troupes de la manière la plus puissante. Il faut le dire à la honte de l’humanité : on va volontiers au secours du vainqueur; un pouvoir qui surgit et dont on prévoit le triomphe réunit promptement tout le monde; mais, si la question reste quelque temps indécise, beaucoup de gens, qui étaient d’abord accourus , s’éloignent pres-
Digilized by GoogI