‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 40 sur 178 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

que aussitôt. Dans ce cas, le noble ilévoiiement (iii roi à ses devoirs de souverain rappellera chacun à raccoinplissenient des siens, et peut-être que les forces de Napoléon s’éparpilleront d’elles-mêmes. Ensuite voyez quel est l’état de ro|)inion dans les trois quarts de la France, c’est-à-dire dans la France entière. Les départements de l’Est exceptés, et sauf quelques mécontents épars, partout elle vous est favorable. l.es masses dans l’Ouest, en Normandie, en Picardie, en Flandre, vous sont toutes dévouées. Les gardes nationales sont à vous. Donnezleur le temps de se lever, et il ne leur faudra pas deux mois pour venir vous délivrer; mais ayez, jusqu’à ce moment-là, des vivres pour pouvoir les attendre. Enlin, pensez à l’Europe contemplant le spectacle auguste que vous lui donnerez, et qui s’ébranle pour venir à votre secours. Le succès de toutes les manières me parait certain. Si assuré <|ue je sois que ma position particulière, après les décrets de Lyon, est très grave si je venais à tomber entre tes mains de Napoléon, je réclame l’honneur de m’enfermer avec vous, soit comme chef, soit comme soldat. Remarquez bien. Sire, que vous, votre personne même ne risque rien. Si toute la famille royale était au pouvoir de votre ennemi, peut-être la ferait-il périr pour détruire des droits opposés aux siens; mais quel avantage tirerait-il de

!)il MEMOIRES ÜE DUC DE RAliUSE.

voire mort quand Monsieur, vos neveux, vos cousins sont dehors? Vous mort, vos droits et vos litres passent à un autre. Ainsi, autant par inutilité que par le respect que vous devez inspirer, et la nature du cœur de Napoléon, qui n’a rien de cruel et de sanguinaire, vos dangers personnels sont nuis ; mais, Sire, il faut se décider, car quelque temps est nécessaire pour préparer l’exécution du projet que je viens de vous soumettre. Rester à Paris, sans ces précautions, est tout à fait hors de prudence et de raison. »

Le roi me répondit qu’il me remerciait, qu’il y • penserait. Chaque jour je recommençai mes démarches auprès de lui, mais sans plus de résultat. Une réponse vague, évasive, une résolution de rester sans en préparer les moyens, misérable comédie, était toujours la solution qu’il me présentait, et à laquelle je ne pouvais croire. Je cherchai à échauffer le pauvre duc d’Havré, homme de peu d’esprit, mais ayant de l’âme, et l’un de ceux qui, dans l’entourage du roi, avaient de l’élévation dans le cœur. Il essaya de convaincre le roi; mais celui-ci, plus franc avec lui qu’avec moi, lui répondit ces propres paroles que le duc d’Havré me rapporta à l’instant : « Vous voulez donc que je me mette sur une chaise curule? Je fie suis pas de cet avis et de cette humeur. »

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