‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 42 sur 178 · LIVRE XXI. — 18U-I · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. — 18U-I

hommes, et nous qui n’avions rien. Le’jour même où plus de quarante mille avaient rejoint l’Empereur, il était hors de doute que toute l’armée en ferait autant. Cependant on imagina d’ordonner la formation d’un camp à Villejuif, et, mieux encore, on ordonna d’en former un autre avec les garnisons du Nord à Amiens. Si les troupes de Villejuif suivaient l'exemple de celles de Lons-le-Saulnieret des autres réunies à Napoléon, il était absurde de croire que celles d’Amiens agiraient différemment. Dans cette situation, le roi étant décidé à ne pas se retrancher dans son palais, et se retirant dans le nord du royaume, le camp formé sur nos derrières, au lieu de nous être utile, pouvait nous être contraire, mettre obstacle à notre retraite et empêcher la liberté de nos mouvements.

Ce n’est pas tout : Lille choisi comme point de retraite, on avait pu avoir pour objet de se servir du prétexte de la formation d’un camp pour en faire sortir des troupes peu sûres et conüer la garde de cette forteresse aux habitants, aux gardes nationales, dont le dévouement était constaté et absolu. Alors la disposition aurait été raisonnable; mais on se garda bien de pensera une semblable combinaison. On avait formé le camp d’Amiens sans motif d’une utilité possible et avec de grands inconvénients; puis, quand il devenait important de le

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conserver, quand le destin de la cause royale semblait dépendre de l’éloignement des troupes de Lille, on le licencia; en sorte que, les troupes revenant dans leurs garnisons, le roi n’y fut plus maître.

A sept heures, m’étant rendu chez le roi, il remit entre mes mains un ordre écrit par lui pour me mettre en marche à minuit avec sa maison pour Saint-Denis, et en même temps un second ordre également de lui, censé reçu à Saint-Denis pour me diriger sur Lille. Je lui demandai si ce point de retraite était invariablement arrêté. Un autre, le Havre, me paraissait beaucoup meilleur. Je lui dis: « Vous seriez à trois marches de Paris et toujours à portée de cette ville. Quoique cette place ne soit pas forte, elle est capable d’une défense suffisa.:te pour la circonstance. Vous êtes au milieu d’une population toute dévouée, la Normandie, à portée d’autres qui vous sont également attachées, les Flamands, les Picards, les Bretons. Vous pouvez recevoir des secours de ces provinces par mer, et en recevoir même des Anglais s'il est néce.ssaire. On ne peut ni vous Moquer ni gêner votre retraite personnelle. La maison du roi, moins que rien pour combattre en rase campagne, est suffisante pour la défense d’une petite place. Si Napoléon va à la frontière et que Paris remue, vous pouvez y revenir.

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