‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 43 sur 178 · LIVRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXI

Dans tous les cas, votre préseuce à portée de la car pitale TOUS fera opérer une puissante diversion. Au défaut du Havre, je choisirais Duukerque, une place maritime enfin. »

Mes raisonnements étaient évidents, et cependant le roi ne putJes comprendre. Il persista’dans les dispositions faites. Le départ eut lieu vers minuit avec son cortège ordinaire, et cinq capitaines des gardes. Je me mis ensuite en marche avec Monsieur, M. le duc de Berry et la maison du roi.

Nous allâmes le premier jour coucher à Noailles. Cette troupe, dont j’avais le commandement, était conduite par les officiers les plus étrangers au service. Une jeunesse très-recommandable n’offrait de ressources que pour défendre un poste fermé, où on pourrait l’organiser et l’instruire. Les gardes du corps, non montés, furent armés de fusils; mais, peu accoutumée à la fatigue des marches, cetCe partie de nos forces se désorganisa promptement. Nous couchâmes le second jour à Poix, en avant de Beauvais. Mon intention étant de passer par Amiens, je voulus savoir, avant de me porter sur cette ville, s’il ne s’y trouvait pas de troupes insurgées. J’envoyai en conséquence un garde du corps pour avoir des nouvelles; mais, ce garde du corps n'étant pas revenu à temps, nous primes la direction d’Abbeville.

Partout nous trouvâmes la population dans les meilleures dispositions pour nous. L’expression des bons sentiments était universelle. Le désespoir de voir tomber un gouvernement doux et paternel était exprimé sur toutes les figures et dans toutes les paroles. Jamais souverain renversé de son trône n’a reçu un pareil accueil, et des témoignages plus vrais, plus évidemment .sincères que Louis XVIIl en cette circonstance. L’espoir d’un prompt retour était hautement exprimé, et l’opinion était alore si prononcée en faveur de l’ordre de choses qui croulait, la haine pour ce qui 1 avait précédé si énergique, que le concours des étrangers dans l arrangement de nos affaires ne présentait rien d’odieux aux yeux du peuple. La fierté nationale, qui ré'clame avec raison une indépendance absolue dans la discussion de nos intérêts propres, s’était alors soumise à l’empire des circonstances, et Ion ne regardait plus les étrangers comme ennemis. Les ennemis, aux yeux des trois quarts des habitants de ces départements, étaient ceux qui renversaient le roi de son trône et allaient ramener la guerre Nous allâmes, le 25, à Saint-l’ol. Le 24, nous prîmes la petite rotite conduisant directement à Lille; mais, à l’approche de cette ville, nous apprîmes le départ du roi, forcé d’en sortir par l’insurrection des troupes, qui avaient fermé les portes de

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