LIVRE XXL — I8U-I815 iOi
la citadelle et arboré les trois couleurs. On nous annonça en même temps que le roi avait passé la frontière et pris la route de Bruges. N’ayant aucune possibilité d’entrer à l-ille, nous nous dirigeâmes sur Béthune, avec l’intention de continuer plus tard notre route pour la Belgique.
Nous étions suivis, dans notre mouvement, depuis Paris, par un corps de cavalerie commandé parle général Excelmans. S’il nous eût atteint et eût voulu presser notre retraite, il aurait pu causer beaucoup de désordre cl nous faire éprouver d’assez grandes pertes; mais il était parti lard et ii’avail pas l’ordre d’agir avec vigueur. Aussi tout s’élail passé jusque-là d’une manière très-pacifique. Cependant, réunis devant Béthune, pour une halte, pêle-mêle, avec le peu d’ordre qui accompagne ordinairement des troupes semblables et d'aussi nouvelle formation, il y eut une grande alerte. La cavalerie d’Excelmans n’entreprit cependant rien de sérieux, et nous continuâmes notre mouvement; pour la frontière au milieu de boues épouvantables.
Arrivé à Eslaire, Monsieur renvoya la maison du roi et chargea le général Lauriston, qui restait en France et commandait une compagnie de mousquetaires, d'opérer ce licenciement d’une manière régulière. Peu de monde eût obéi si l’on avait
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prescrit de passer la frontière; seulement ceux qui voulurent suivre la fortune de la famille royale reçurent l’assurance de ne pas être abandonnés.
Environ trois cents gardes du corps et autres nous suivirent, et nous partîmes pour nous rendre à Ypres. La caisse de ma compagnie était bien garnie, j’avais en outre quelques fonds à ma disposition comme commandant la maison du roi; je les distribuai aux officiers et aux gardes de ma compagnie, de manière à les mettre jiour le premier moment au-dessus du besoin, et de les empêcher de prendre du service trop tôt après s’être séparés du roi.
Telles sont les circonstances de cette catastrophe du 20 mars, où tout ce que le cœur humain a de plus perfide et de plus bas s’est montré à découvert. Jamais on ne s’est joué avec plus d’audace et d’impudence de ce que les hommes doivent avoir de plus sacré, leur serment. On répétait avec éclat et à chaque instant des assurances de fidélité, quand on était résolu à trahir le lendemain, ou dès le jour même. Les chefs de l’armée, les généraux, portèrent cet oubli de leurs devoirs jusqu’au cynisme. On acceptait des faveurs, car c’était toujours cela d'acquis, et l'on ne faisait rien, absolument rien pour les justifier.
Une semblable conduite dut imprimer dans-l’es-