‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 45 sur 178 · LIVRE XXI. — 1IUI-I8I · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. — 1IUI-I8I

prit des Bourbons une grande haine et une profonde déliance. Ces souvenirs peuvent expliquer la conduite qu’ils tinrent plus tard envers eux, mais non la justifier; car ce qu’ils firent était opposé à leurs intérêts bien entendus. Des hommes supérieurs se seraient élevés si haut, qu’ils auraient écrasé par leur magnanimité leurs adversaires, et conquis pour toujours tout ce qui portait un cœur généreux. Mais n’anticipons pas sur cette grande question de la conduite tenue à la seconde Restauration. Ce sera bientôt l’objet de mes récits et d’une triste critique.

Malgré ce que je viens de dire de sévère sur la conduite des généraux, il n’est pas démontré qu’un bon nombre n’eût servi fidèlement, s’il y eût eu un temps d’arrêt, une lutte engagée sur un point quelconque dans un poste fermé, sous les yeux du roi. Far un motif ou par un autre, beaucoup de ceux qui l’avaient quitté lui seraient revenus. L’opinion publique, et le désir de préserver la France de nouveaux malheurs, eussent singulièrement favorisé ce retour et servi de prétexte. Un souverain a droit d’exiger l’obéissance de ses peuples; mais ses peuples ont le droit d’exiger de lui protection et direction. Quand l’une et l’autre manquent, les liens sont rompus entre eux; il n’y a plus de rapport qui les unisse. Je me suis souvent demandé ce qu’au-

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lot MÉMOIRES DU DUC DE RAUUSE.

rail fait Napoléon, s’il eût trouve Louis XVllI dans son château fortifié, avec des défenseurs dévoués et des vivres? 11 aurait fait usage de toutes sortes de séductions; mais certes il n’aurait pas essayé d’employer la violence.

Le roi s’était, comme je l'ai dit, rendu d’abord à Bruges. 11 vint ensuite à Gand, où nous l’avions précédé, après avoir passé deux jours à Ypres. On assure qu’arrivé à Bruges M. de Blacas voulait le décider à passer en Angleterre. La fortune qu’il avait acquise pendant les dix mois de son administration su flisait alors à l’ambition de ce personnage. Accoutumé à la pauvreté, quelques millons réunis lui paraissaient le iiec j)lns ultra de la fortune, et il voulait mettre en sûreté des richesses de beaucoup supérieures à tous les rêves qu’il avait jamais faits; mais le roi résista. S’il eût passé la Manche, il est probable que la couronne de France lui échappait ainsi qu’à son frère. Le roi s’établit donc à Gand, y réunit tout ce qui était sorti de France, et nomma des ministres m partibm, qui tinrent une espèce de conseil et crurent gouverner. M. de Ghateaubriand, dévoré de la manie ministérielle, quelque impuissant qu’il soit à exercer le pouvoir, se crut réellement ministre, fit divers rapports au roi, dont les colonnes du iluniteur de Gand furent remplies. Une vanité enfantine, poussée jusqu’à l’excès, lui a fait

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