LIVRE XXI. — 18J1-18J
depuis rappeler à tout propos ce prétendu ministère.
A notre arrivée à Gaud, nous fûmes informés de la déclaration du congrès de Vienne, en date du 13 mars. Elle décidait la question de l’avenir. Napoléon avait commis une immense faute en précipitant son entreprise. S’il eût attendu, pour quitter nie d’Elbe, le départ de Vienne des souverains (et ils étaient au moment de se séparer), il doublait ses moyens de résistance, en gagnant le temps nécessaire à ses ennemis pour s’entendre et concerter leurs efforts contre lui. Mais vovons maintenant si, une fois le masque jeté, et dans la position où Napoléon s’était placé, il a pris le meilleur parti et tenu la conduite lu plus conforme à ses intérêts.
Le débarquement de Napoléon avec une poignée de soldats, sa marche hardie, sa manière de se présenter devant les premières troupes qu’il rencontra, rappellent ces inspirations sublimes dont sa vie est remplie et cette supériorité de géniequi le caractérisait. Mais, arrivé à Paris, il ne fut plus le même homme. En contact avec de grandes diflicultés, il les aurait vaincues dans sa jeunesse, mais alors elles furent plus fortes que lui. Cette grande énergie de volonté qui anciennement lui était propre avait disparu. Ces hommes à phrases, si funestes au succès des affaires dont ils se mêlent, s’emparèrent de lui et lui
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imposèrent, li voulut les tromper, et pour cela il masqua son caractère, tandis qu’en le conservant dans sa vérité il pouvait réussir et mettre plus de chances en sa faveur.
Le pays n’a pas rappelé Napoléon , c’est l’armée. L’armée seule faisait sa force Une fraction de la nation s’est réjouie de son retour, mais la masse en a été au désespoir; et la preuve s’en trouve dans le |>eu d’efforts faits pour continuer la lutte après les premiers revers, malgré tant de moyens employés pour les développer. La déclaration du 15 mars, rendant la guerre certaine, et son appui véritable étant l’armée, il devait baser sur elle presque tous ses calculs et réduire son thème à une question toute militaire. L’armée qu’il retrouvait n’était pas cette armée composée de misérables débris comme en 1814, mais une armée reposée, refaite, remplie de vieux soldats revenus de Russie, d’Autriche et d’Angleterre, ayant des injures à venger. Nous avions organisé quatre-vingt mille hommes et cent pièces de canon attelées contre lui. Ces quatre-vingt mille hommes ayant fait demi-tour, il
' Le 21 mars, M. Mollieu, ancieu ministre du Trésor, vint réliciter Napol*k>n sur son retour et sur les transports de joie que les populations lui avaient témoignés, disait-il, sur son passage. Napoléon lui répondit ; I Est.ee que tous croycx cela aussi? Ce sont des contes; elles m'ont laissé passer comme elles ont laissé partir l'auti'o »
(Note du duc de Raguse.)