LIVRE XXL - 18U-I8I
était en étal d’opposer immédiatement aux étrangers quatre-vingt mille hommes, qu’il aurait pu facilement portera cent ou cent vingt milles avec une artillerie nombreuse, bien attelée et en état d'entrer en campagne.
Son débarquement à Cannes et son arivée à Paris^ m’avaient rappelé le Bonaparte d’Italie et d'Égypte. Je le crus revenu tout entier et j’étais convaincu qu’après avoir reconquis le pouvoir il se hâterait d’employer le seul moyen de le consolider. Napoléon, en ce moment, devait continuer à frapper l’opinion, à étonner le monde par quelque chose de surnaturel. Puisqu’il avait parlé de trahison,, quelque absurde que fût cette assertion, il devait rejeter tous les malheurs passés sur elle. Des succès éclatants eussent remué encore les cœurs, même des gens les moins dévoués, tant la gloire a de prix aux yeux des Français!
Si Napoléon eût donc conçu son rôle ainsi, s’il fût entré tout de suite en campagne pour ressaisir ce que l’on est accoutumé à appeler les frontièresnaturelles, il les aùrait reprises en un moment et sans la moindre difficulté. Persuadé qu’il agirait ainsi, je calculais le commencement de ses mouvements pour le 4 avril.
Six mille Anglais seulement, se trouvant en Belgique, se seraient immédiatement réfugiés dans
Anvoi-s. I,’arra(^e belge, depuis si peu de temps séparée de Tarmée française, animée précisément du même esprit, n’aurait pas hésité à se réunir à elle et l’aurait augmentée de trente mille hommes. Les troupes prussiennes dans le grand-duché, étant peu nombreuses et toutes éparpillées, se seraient jetées dans Juliers ou auraient repassé le Uhin.
Ainsi, sans coup férir, sans combattre et par de simples marches. Napoléon aurait eu, en peu de jours, ses avant-postes sur l'Escaut et sur le Rhin. Après avoir rallié trente mille soldats et acquis Bruxelles et des pays riches, pleins de ressources de toute espèce, calcule-t-on le retentissement d’un pareil résultat dans toute la France, et le mouvement qui en serait résulté en faveur du gouvernement? De tous côtés les conscrits se seraient levés et l’auraient rejoint avec empressement. Les discussions intempestives auraient été ajournées et la France était débourbonisée. Au lieu de cela. Napoléon se laissa imposer par les vieux révolutionnaires et les jeunes libéraux, sortant de l’école créée par la Restauration; et, tandis que la guerre l’aurait peut-être sauvé, il fit de la politique et de la révolution, ce qui devait infailliblement le perdre; car il en résultait pour les étrangers un répit et du temps pour s’organiser, s’entendre et agir avec