LIVRE XXI. — 18H
ensemble. D’ailleurs une révolution, celle même qui un jour doit donner des produits utiles, s’affaiblit immédiatement en divisant les moyens. Elle commence toujours par le désordre, et le désordre est une cause de mort pour tout pays comme pour tout gouvernement qui y est en proie.
Il est assez bizarre de reprocher à Napoléon de n’avoir pas fait la guerre, mais dans la circonstance il eut tort. Elle était dans ses intérêts et devait résulter de sa position. Il eut l’air d’ouvrir les yeux à la lumière, et les doctrinaires, si vains de leur nature, furent enchantés de sa conversion, comme si un homme semblable pouvait jamais changer. Il voulut paraître avoir modifié ses idées et son caractère. Il ne trompa que peu de gens et perdit la faculté d’agir dans le moment le plus opportun. Il resta donc et se mit à discuter avec Benjamin Constant et consors. Il annonça le retour prochain de Marie-Louise, et l’on sut promptement qu’il n’aurait pas lieu. L’Autriche restant sourde à sa voix et à ses efforts pour la détacher de l’alliance, il vit chaque jour s’évanouir ses espérances et s’amonceler de nouveaux obstacles devant lui. Au moment d’entrer en campagne, il avait les plus tristes pressentiments. II s’en expliqua plusieurs fois dans l’intimité, et Decrès, la veille de son départ pour l’armée, surprit un jour sa pensée intime. Entré dans
son cabinet, il le vit enfoncé dans un fauteuil, avant l’air assoupi. Decrès resta silencieux et immobile pour attendre le moment du réveil. Peu après Napoléon se leva brusquement en prononçant tout haut ces paroles : « Et puis cela ira comme cela jmiirral »
Je le répète. Napoléon manqua à sa fortune en devenant infidèle à son caractère. 11 aurait donné un mouvement immense aux esprits, enilammé les imaginations, s’il avait conquis la Belgique et les bords du Rhin. En éloignant à vingt ou trente marches les premiers champs de bataille, il donnait à la guerre un tout autre caractère. Mais sa volonté n!était plus la même, l’homme était usé, et les deux dernières campagnes ne l’avaient que trop montré. Relevé avec éclat pour un moment, bientôt il était retombé. La manière dont il lit personnellement la campagne de Waterloo le prouve. Decrès, que je citerai encore, homme d’esprit, bon observateur et bien placé pourvoir, me dit de lui, au retour de (îand, ces propres paroles ; « Il y a toujours en lui un esprit prodigieux. Sous ce rapport, il est tel que vous l’avez connu ; mais plus de résolution, plus de volonté, plus de caractère. Cette qualité, si remarquable autrefois chez lui, a disparu. Il ne lui reste que son esprit. »
On connaît les proclamations du golfe de Juan,
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