‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 49 sur 178 · LIVRE XXI. — i8u-igi5. IH · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. — i8u-igi5. IH

OÙ j’étais accusé de trahison, ainsi que le duc de Castiglione. Mon devoir m’ordonnant d’y répondre, je publiai une défense peu après à Gand. Celle réponse, envoyée en France, imprimée, y produisit l’effet désiré auprès de ceux qui en eurent connaissance. Le caractère de vérité qu’elle porte donna du crédit à mes paroles; mais le gouvernement, mécontent de l’accueil qui lui était fait, mil obstacle à sa circulation, et elle ne fut pas alors suffisamment répandue Je fis la faute de ne pas la faire réimprimer à notre retour en France, et insérer dans le Moniteur. Quand on a la conscience pure et un noble et légitime orgueil, l’idée d’être réduit à se justifier d’une infamie offenscetblesse le cœur. Celte justification se trouve jointe aux pièces justificatives de ces Mémoires. Écrite à Gand, au quartier général de l’émigration, elle a le ton de modération et la nuance d’opinion qui convenaient à mes antécédents.

Je ne parlerai pas des affaires politiques qui se traitèrent à Gand, n’ayant pas été mis dans leur secret. Je restai un mois environ dans celte ville, vivant dans la familiarité du roi et le voyant beaucoup. Pendant ces longues journées et les soirées, j’ai pu juger plus particulièrement de la nature de l’esprit de Louis XVllI , et me convaincre qu’il y

' Voir pièces jiistiliratives.

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avait chez lui peu de ce que l’on appelle vulgairement esprit, c’est-à-dire la faculté de combiner scs idées avec promptitude. Il contait volontiers, ne se refusait pas à la discussion, et l’autorisait sans jamais l’approfondir; mais il savait admirablement bien, avec son incroyable mémoire, appliquer son érudition, faculté qui le rendait quelquefois éblouissant auprès de ses nouveaux auditeurs.

J’ai à citer un Irait qui peint merveilleusement l'imprtWoyance de M. de Rlacas et sa coupable insouciance dans la conduite des affaires. Le Moniteur avait annoncé que Napoléon avait trouvé dans le cabinet de Louis XVIllune très-grande quantité de papiers importants; il donnait l’indication de leur nature et parlait de la correspondance du roi avec ses partisans en France pendant tout le temps de l’émigration. Je crus le fait faux et justifié seulement parla trouvaille de quelques lettres égarées el insignifiantes. On en parla à dîner. J’étais auprès de M. de Blacas, et je lui dis : « Sans doute ce que dit le Moniteur est de pure invention, car il serait incroyable que l’on eût agi ainsi?

— Je vous demande pardon, me dit M. de Blacas avec cet air de satisfaction qui accompagne toujours ses paroles; tous les papiere existent en effet en totalité, et classés par année et par lettre alphabétique.

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