LIVRE XXI
— Comment! lui dis-je, et vous n’avez pas craint de compromettre et de perdre tant de gens et de familles qui se sont attachés au roi ! Mais comment n’avez vous pas emporté les papiers? Si vous ne pouviez les emporter, vous pouviez les faire jeter dans des malles, des sacs, en les confiant en dépôt à des personnes sûres. Enfin le pis aller était de les brûler. »
Il persista dans son opinion et me dit encore que cela eût été impossible. En vérité, il paraissait jouir de l’idée du bon ordre et du classement dans lequel il les avait laissés. Et puis, faites des affaires dans des temps e.xtraordinaires, avec de pareilles gens, aussi peu prévoyants, aussi dépourvus de ressources dans l’esprit!
Nous étions à Gand depuis plusicuis jours quand nous apprîmes, par le Moniteur, l’issue fâcheuse de l’entreprise de M. le duc d’Angoulême et le rôle joué, dans cette circonstance, par le général Grouchy. Je n’ai jamais vu Monsieur dans une fureur pareille: elle était assurément bien légitime, car il voyait la vie de son fils très-compromise. Il jura de se venger de Grouchy si la fortune lui en fournissait l’occasion; mais, quand elle s’est offerte, en bon chrétien, il l’a dédaignée.
Je ne veux pas caractériser la conduite de Grouchy dans cette circonstance; je ne veux que racon-
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1er les faits'. Grouehy avait reçu, quatre jours avant la catastrophe, le cordon rouge et renouvelé les assurances de sa fidélité; mais à peine M. le duc d’Anguulème eut-il remué dans le Midi et marché sur la Drôme, que le zèle exprimé par Grouchy à Napoléon détermina celui-ci à l’envoyer pour s'opposer à ses progrès et mettre de l’ensendde dans le mouvement des troupes employées contre lui. Avec ses antécé- «lents, Grouchy devait, ou ne passe charger de cette mission, ou n'y consentir qu'à la condition expresse de sauver la personne du prince. A son arrivée, il trouva la besogne faite et une capitulation assurant à M. le duc d’Angoulème une libre retraite en Espagne, véritable fortune pour Grouchy de voir un arrangement déjà fait, signé et en pleine exécution. Des engagements semblables sont toujours respectés, et cette circonstance sortait Grouchy d’embarras sans compromettre sa responsabilité; mais, loin de profiler d'une occasion si favorable, il déchira la capitulation. Le malheureux prince perdait ainsi sa sauvegarde et tombait entre ses mains. Si Napoléon, en domptant son caractère, ne fût pas revenu
* .Vonileiir (lu H avril 181,'j. Dr|Klchc lclrgr.iphiq\ie de Hontùliinar (In 9.
.WonilfHr tin t‘2 avril. Rrpon.se ol or(l^(^ de l’Empereur au gént'r.il Groücliy.
Moniteur du IG avril. Détails sur la rapitulalion du duc d'Angoidciiif avec le gé-néral Cilli.