LIVRE XXI. — I SI i- ISIS 1 lî
sur un premier mouvement, tout de vengeance et de sévérité; si les hommes qui l’entouraient n’eussent pas cherché à agir sur lui pour adoucir ses résolutions, M. le duc d’Angoulême, selon toutes les apparences, devait périr.
Le général Grouchy était dévoré du désir d’être maréchal. 11 fut élevé à cette dignité après cette singulière campagne. Le scandale de ce choix fut bientôt expié par la conduite qu’il tint à Waterloo. Les tristes souvenirs des causes de sa promotion ne l’ont pas empêché de crier à l’injustice quand les Bourbons n’ont pas voulu le reconnaître comme maréchal. Il a fallu une nouvelle révolution, celle de 1850, pour le faire jouir enfin de ce titre, tant ambitionné.
Tout se disposait à la guerre; les troupes arrivaient de toutes parts en Belgique. J’étais bien résolu à ne jouer aucun rôle actif dans une guerre contre mon pays. En conséquence, je crus convenable de m’éloigner du théâtre des opérations, laissant à l’avenir de décider de mon sort. Si les événements eussent fait triompher Napoléon, j’étais bien décidé, à moins d’une réparation solennelle de sa part, à ne jamais rentrer en France; et j’avais envisagé mon exil avec le même courage que, quinze ans plus tard, j’ai retrouvé dans une circonstance analogue et pire; car alors il ne fallait
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que le retour à la justice et à la vérité d’un seul cœur, celui de Napoléon. J'ai eu depuis l'assurance qu’il y était non-seulement disposé, mais encore tout résolu; tandis qu’aujourd’hui j’ai contre moi les passions populaires, cette hydre à cent têtes, si dangereuse à combattre et si difficile à vaincre. Je me décidai donc à me rendre à Aix-la-Chapelle pouf y prendre les eaux, que mes blessures reçues en Espagne me rendaient nécessaires. Le roi, auquel je parlai avec franchise de mes opinions et de ma résolution, l’approuva complètement.
Avant de partir de Gand, j’eus le désir de voir une compagnie d’artillerie à cheval anglaise, qui s’y trouvait. Le matériel anglais est si différent de celui dont nous nous servions autrefois, que la comparaison était curieuse à faire. Je l’examinai donc en détail, et j’admirai la simplicité de ces constructions, adoptées depuis en France. Cette visite donna lieu à une circonstance singulière. On me présenta le maréchal des logis, qui, le 22 juillet 1812, avait pointé la pièce dont la décharge m’avait fracassé le bras, une heure avant la bataille de Salamanque. On ne pouvait s’y tromper, cette blessure fatale avait été causée par un coup de canon unique, tiré à une heure connue, sur un point déterminé. Je fis bon accueil à ce sous-officier. Depuis j’ai revu ce même homme à VVoolich, où il est garde-magasin,