‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 52 sur 178 · LIVRE XXL — 18U · texte numérisé non relu

LIVRE XXL — 18U

quand j’ai été, en 1830, visiter ce magnifique arsenal ; mais alors il n’avait qu’un bras, ayant perdu l’autre à Waterloo ; et, lui faisant mon compliment de condoléance, je lui dis : « Mon cher, à chacun son tour. »

Je me rendis à Aix-la-Chapelle, où je me soignai avec un tel succès, que je retrouvai, à une diminution de forces près, l’usage complet de mon bras, .l’attendis les événements dans cette ville, et le commencement de la guerre. Napoléon débuta par des succès sur l’armée prussienne : le combat de Fleurus, où les Prussiens furent surpris, et la bataille de Ligny, gagnée par les Fiançais. Indépendamment des pertes éprouvées sur le champ de bataille, les Prussiens eurent un si grand nombre de fuyards, que plus de trois mille hommes arrivèrent jusqu’à Aix-la-Chapelle, avec une promptitude extraordinaire. J’eus ce spectacle sous mes yeux. Rappelant mes souvenirs , je dois exprimer mes sensations d'alors. Elles étaient toutes de joie intérieure et de satisfaction ; et cependant un second succès m’aurait fait quitter ma retraite pour me porter plus loin. Mais, après avoir passé sa vie au milieu d’une armée, dont on a partagé la gloire et les malheurs, on ne peut être insensible à ses succès, quoique devenu étranger à sa destinée, et lors même que ses succès doivent nous être personnellement fu-

nestes. Ces affections profondes dépassent de beaucoup les limites des intérêts. Ceux-ci gouvernent les masses ; celles-là nourrissent les cœurs élevés. Toutefois, je le répète, j’éprouvai une satisfaction véritable en voyant fuir les Prussiens; mais je restai chez moi, afin de ne pas montrer des impressions qui m’auraient rendu suspect à l’autorité. Deux jours après, la nouvelle de la bataille de Waterloo arriva, et successivement celle de la dispersion de l’armée française et de la marche des étrangers sur Paris; enfin, celle du départ du roi pour Cambrai. Je me mis en route peu après, pour aller le rejoindre.

Je me garderai bien de discuter à fond les circonstances militaires de cette courte campagne. Cependant j’en dirai deux mots. Le début en fut habile et brillant. L’offensive fut préparée avec mystère. L’ennemi fut surpris dans ses cantonnements. La faute du 16 est d’avoir trop affaibli le maréchal Ney, ce qui l’empêcha d’emporter la j osition des Quatre-Bras, et d’écraser l’avant-gard(" ennemie, chose qui aurait été d’un effet immense, en mettant obstacle au rassemblement de l’armée anglaise. Le corps du comte d’Erlon passa, comme le troisième corps à Leipzig, la journée en marches et en contre-marches, et ne fut utile ni contre les Prussiens, où il était inutile, ni contre les Anglais, où il aurait été nécessaire, conséquence naturelle

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