LIVRE XXI. — isu-isi?. II
des indécisions de Napoléon. La bataille de Ligny parait devoir être aussi un objet de critique par la manière dont l’armée prussienne fut attaquée, et cependant des succès couronnèrent les efforts de. cette journée; mais ce qui ne peut se comprendre, c’est la manière d’opérer de Napoléon, le 18, jour décisif de la bataille de Waterloo.
Après la bataille de Ligny, gagnée, le 16, sur les Prussiens, ceux-ci s’étaient retirés sur Wavres. Napoléon mita leur poursuite Grouchy avec un corps de quarante mille hommes, et lui, avec tout le reste de l’armée, se porta dans la direction de Bruxelles, par la grande route. Les Anglais, qui occupaient la position des Quatre-Bras, l’évacuèrent et prirent position en avant de la forêt de Soignies. Là, s’étant arrêtés, ils se décidèrent à livrer bataille. Les Pi ussiens, après s’être ralliés et réorganisés, rejoints par des troupes fraîches, devaient déboucher sur le liane de l’armée française. Ce mouvement ordonné et convenu, naturel à penser, fut connu par Napoléon, au moyen d’une lettre interceptée du général Blücher, annonçant qu’il ne pourrait pas déboucher avant les quatre heures de l’après-midi. Napoléon avait donc un motif puissant de commencer la bataille de très-bonne heure. 11 étaiten mesure de combattre successivement, et non ensemble, les deuxarmées ennemies. Une attaque matinale lui don-
Iii> MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE
liait des chances de succès, et, s’il était vaincu dans le premier combat, il avait le temps de s’éloigner du champ de bataille, avant l’arrivée des nouvelles forces de l’ennemi. Une sorte de négligence, le mauvais temps, des calculs de munitions (et il est incroyable que, si peu de temps après l’ouverture de cette campagne et si peu éloignés des dépôts de la frontière, on fut déjà à court de munitions) ; enfin, le concours de ces divers motifs fit que l’action ne commença qu’à onze heures. Elle fut menée sans ensemble. On attaqua les différents points isolément. Une grosse ferme retranchée, la Belle-Alliance, fut assaillie sans avoir été auparavant écrasée par un bon feu d’artillerie. Enfin, on ne suivit aucune des règles indiquées en pareils cas.
Tout à coup un grand mouvement s’opère dans la cavalerie française; elle se réunit à la droite de l'armée et attaque la gauche des Anglais. La cavalerie anglaise est mise en poussière; elle se réfugie sous l’appui de son infanterie. Celle-ci est chargée avec vigueur; mais elle repousse pendant une demiheure les diverses attaques qui sont dirigées contre elle, et la cavalerie française, après avoir fait des efforts de valeur surnaturels, n’étant pas soutenue, dut renoncer au combat. Si un corps d’infanterie d’une force suffisante eût concouru en ce moment et appuyé l’attaque de la cavalerie française, il est
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