‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 54 sur 178 · LIVRE XXI. — 18U-I · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. — 18U-I

probable que l’infanterie anglaise aurait été culbutée. Dans le terrain étroit où était placée cette armée, avec les embarras et le matériel qui couvraient les défilés par lesquels elle pouvait seulement se retirer, elle eût probablement été détruite. Après les efforts infructueux de la cavalerie, et à l'instant où commençait le désordre, la garde s’ébranla pour attaquer l’armée anglaise; mais elle fut écrasée sans même avoir montré une valeur conforme à son ancienne réputation. Prise en flanc et menacée sur ses derrières par l’armée prussienne, elle se mit en déroule. Alors toute l’armée prit la fuite, et les corps et les différentes armes confondus prirent la direction de Charleroi.

Pendant le cours de la journée, Napoléon s’était trouvé si éloigné du champ de bataille, qu’il n’avait pas pu modifier l’exécution de ses projets, et particulièrement faire soutenir, à temps, ce mouvement de cavalerie qui aurait pu produire un effet si utile et si décisif. Prématuré et exécuté d’une manière isolée, il devint inutile; et cependant, si, quand il commença, on eût fait donner la garde, on aurait remédié au mal.

Au moment du désordre, la terreur s’empara de l’esprit de Napoléon. 11 se retira au galop à plusieurs lieues, et, à chaque instant (il était nuit), il croyait voir sur sa route ou sur son flanc de

la cavalerie ennemie et l'envoyait reconnaître.

Je tiens ces détails d’officiers attachés à l’Empereur et en ce moment près de lui, et entre autres du général Bernard, officier du génie, son aide de camp de confiance, officier distingué et homme très-véridique. Grouchy, détaché à la poursuite de 'armée prussienne, avait eu l’ordre de la presser et de ne pas la perdre de vue. 11 agit mollement, suivant son habitude, se complaisant dans l'importance du commandement qui lui avait été confié.

L’ennemi se retira sur \Vavres, y passa la Dyle, et, le 18, marcha dans la direction du Mont-Saint- Jean. Il fit ce mouvement, chose incroyable, sans avoir rompu les ponts de la Dyle, de Sainte-Marie, Monlion, Otlignies, et sans avoir placé des troupes sur ces points pour les défendre ou au moins pour les observer, line avant-garde française s’élait portée sur Wavres, tandis que les coureurs avaient passé la Dyle aux points que je viens d’indiquer. Ceux-ci virent le mouvement rapide de l’armée prussienne, qui, avant de tomber sur le flanc de l’armée française, avait encore les défilés de Lasnes à passer. La masse des forces de Grouchy, étant à |)ortéc, pouvait l’attaquer sur ses derrières et sur son flanc gauche. Le mouvement de l’ennemi, se faisant d’une manière décousue et sans aucune formation régulière, si une tète de colonne seulement eût paru, l’armée

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