‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 55 sur 178 · LIVRE XXI. — «814-1815. l-i · texte numérisé non relu

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prussienne s’arrêtait; et, si Grouchy eût marché avec abandon, il est probable que cette armée, atteinte ainsi, sans être préparée à combattre sur ce point, divisée par les défilés de Lasnes, aurait été détruite presque sans résistance. Au lieu de cela, Grouchy hésita et resta dans cette irrésolution, fond de son caractère, dont j’ai donné de si étranges preuves dans le récit de la campagne de 1814. 11 raisonna beaucoup et resta en place. La journée s’écoula, et les Prussiens vinrent compléter les malheurs de l’armée française et donner d’immenses fruits à la victoire défensive que l’armée anglaise avait déjà remportés; car on peut dire que la bataille a été gagnée par l’armée anglaise seule, mais les résultats ont été obtenus par l’armée prussienne.

Cette question relative à Grouchy a été l’objet <l’une grande controverse entre lui et le général Gérard, commandant un corps sous ses ordres. J’ai cru pouvoir accuser le général Gérard de juger après l’événement et de se targuer de conseils donnés après coup. Une fois la guerre finie, il n’y a pas de petit officier qui ne blâme, à tort et à travers, les opérations de son général. Beau mérite que déjuger des coups quand les cartes sont sur la table ! C’est lorsque tout est incertitude et soumis aux calculs des probabilités que le métier est difficile; mais, dans

ia circonstance, la polémique élevée a amené des publications, des récits et l’établissement de faits qui décident la question sans réplique pour tout homme raisonnable.

Grouchy entendait le canon de Waterloo. 11 connut par ses avant-gardes le mouvement de l’ennemi sur la rive gauche de la Dyle. Il était à jîortée de marcher sur lui et de l'atteindre. Il occupait les ponts de la Dyle, et avait des postes en avant; ainsi sa conduite est impardonnable.

Cependant, sans le défendre sur des fautes aussi graves, sans vouloir le justiOer d’avoir manqué au premier principe du métier en pareille circonstance, celui de prendre pour point de direction le bruit du canon, direction qui lui était de plus indiquée par la vue du mouvement des colonnes ennemies, il est certain que, le soir du 1 7, Grouchy écrivit à TEmpereur pour lui rendre compte de sa position et de ce qu’il avait appris. Sa lettre arriva à huit heures du soir, et était apportée par un officier du 15' régiment de dragons. Le général Bernard, aide de camp de service, la remit à Napoléon et lui demanda une réponse. A minuit, cet officier la réclama de nouveau, et Bernard vint la demander. Il lui fut dit d’attendre. A quatre heures, mêmes instances de la part de l’officier, qui déclara avoir l’ordre de ne pas revenir saris en apporter

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une, et il fut congédié sans en recevoir. Un homme comme Grouchy avait besoin d’être corroboré dans ses instructions, et il eût fallu lui recommander de nouveau de presser le corps prussien et de l’attaquer sans relâche. On ne courait pas le risque de lui voir faire des imprudences, et on se mettait en garde contre sa lenteur et sa timidité. Abandonné à lui-même, il ne sut ni juger l’importance de sa position, ni le prix du temps, ni le devoir qu’il avait à remplir. Il fut à Waterloo ce qu’il avait été, en 1814, à Montmirail; mais, en ce dernier moment, les circonstances et son influence sur les destinées de l’armée étaient d’une tout autre importance.

La perte de la bataille de Waterloo a été causée d’un côté par la direction incertaine, le décousu des attaques et l’éloignement du champ de bataille de Napoléon, tandis que de l’autre l’armée anglaise était ensemble, et Wellington, placé dans les lieux les plus exposés, a su maintenir la confiance par sa présence et la bravoure extraordinaire qu’il a déployée. Enfin le résultat funeste de la bataille a été l’ouvrage de l’impéritie de Grouchy.

La dispersion de l’armée, la marche des étrangers sur Paris, déterminèrent Ixiuis XVllI à se rapprocher de sa capitale. Au moment de passer la frontière, il voulut se laver des fautes dont on ac-

cusaitson gouvernement pendant les dix mois qu’il avait eu le pouvoir en France. Une opinion, favorable au roi, les rejetait sur M. de Blacas, dont on supposait le crédit plus grand qu’il n’était effeclivenient. Pour donner une espèce de satisfaction à l'opinion publique, M. de Blacas quitta le roi. Il se résigna sans murmurer. Le roi lui donna l’ambassade de Borne et lui laissa l’adminisiration de six ou sept millions qui lui restaient et dont plus tard il lui fit don.

I.’armée française se rallia en partie à Laon, d’où elle se retira sur Paris. Le corps nombreux dont Grouchy avait fait un si pauvre usage s’y rendit également. Des bataillons de fédérés, campt's à Montmartre, à Belleville et dans la plaine de Saint- Denis, portaient toutes ces forces à cent mille hommes. On pouvait opérer avec au moins quatre-vingt mille hommes. L’ennemi parut bientôt. Blücher, avec l’ardeur qui le caractérisait, avec la passion dont il était animé, arriva le premier. Quoique se trouvant à plus de deux marches en avant des Anglais, il entreprit, avec une imprudence inouïe, d’exécuter le passage de la Seine en présence de forces aussi considérables, et il réussit. 11 choisit Argenteuil, et défila en vue de Paris et pour ainsi dire à la portée des canons de Montmartre.

Le maréchal Davoust, qui commandait, l’aurait

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