LIVRE XXI. — 1SI4-1SI
détruit cent fois pour une s’il avait eu la moindre résolution; mais il fit de la politique là où un succès ne pouvait qu’améliorer singulièrement la position des choses. L’armée prussienne n’avait pas alors plus de soixante mille hommes réunis. Loin des Anglais, et divisée par la Seine au moment de son passage, elle était à sa discrétion. Il envoya des troupes sur la rive gauche de la Seine, et il y eut à Versailles un combatde cavalerie très-brillant, trèsglorieux pour les troupes françaises, mais qui fut le dernier de la guerre.
Une fois les Anglais arrivés, le maréchal Davoust signa une capitulation pour l’évacuation et la remise de la ville. Curieux rapprochement à faire avec ce qui s’était passé l’année précédente! En 1814, huit ou dix millle hommes de troupes composées de débris s’éloignèrent après avoir soutenu un combat opiniâtre et montré une valeur presque sans exemple contre toutes les forces alliées, montant à cent quatre-vingt mille hommes, et cela, quand la population de Paris semblait leur être hostile. En 1815, quatre-vingt-dix mille hommes de belles troupes, soutenues par une partie de la population en armes, évacuèrent la capitale en présence de cent et quelques mille hommes. Je demande à tout homme impartial quelle est celle des deux armées dans laquelle l’énergie, le courage
et le dévouement ont été le plus remarquables?
Le roi arriva bientôt à Saint-Denis. Je l’avais rejoint à Roye deux jours auparavant. Là, les intrigues se développèrent. L’opinion de Paris, sauf les fédérés et une faction, était en faveur du roi; mais on chercha et l’on parvint à créer une espèce de fantasmagorie. On présenta la disposition des esprits, et en particulier de la garde nationale, comme hostile, et à cet effet des postes d’hommes choisis dans cette disposition d’esprit furent placés aux barrières; mais une multitude d’individus franchit les murailles pour venir au-devant du roi et fit connaître bientôt le véritable état des choses. On chercha à démontrer la nécessité de composer le ministère de manière à rallier les intérêts révolutionnaires. Cette opinion, professée par le duc de Wellington, soutenue par Monsieur, concluait à admettre Fouché comme ministre. Il faut rendre justice à Louis XYIII, il s’y refusa longtemps. Il voyait toute la flétrissure imprimée à son règne par cette lâche condescendance. Monsieur, échauffé par ses amis de Paris, qui, protégés par Fouché pendant les Cent-Jours, étaient devenus ses partisans, insista, et Fouché fut nommé. On demanda l’adoption de la cocarde tricolore, chose monstrueuse alors. Je me gardai bien d’adopter une pareille opinion. J’avais défendu cette cocarde avec