‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 64 sur 178 · I.IVRE XXI, — CORnESPO^DANCE · texte numérisé non relu

I.IVRE XXI, — CORnESPO^DANCE

(( Bonaparte, qui alors voulut se faire passer pour un colonel autrichien, mit l’uniforme du général Koller, se décora de l’ordre de Sainte-Thérèse, que portait le général, mit ma casquette de voyage sur sa tête, et se couvrit du manteau du général Schuwaloff.

c< Après que les commissaires des puissances alliées l’eurent ainsi équipé, les voitures avancèrent; mais, avant de descendre, nous fîmes une répétition, dans notre chambre, de l’ordre dans lequel nous devions marcher. Le général Drouot ouvrit le cortège; venait ensuite lesoi-disant empereur, l’aide de camp du général SchuwalolT; ensuite le général Koller, l’Empereur, le général Schuwaloff, et moi, qui avais l’honneur de faire partie de l’arrièregarde, à laquelle se joignit la suite de l’Empereur.

« Nous traversâmes ainsi la foule ébahie, qui se donnait une peine extrême pour tâcher de découvrir, parmi nous, celui qu’elle appelait sow tyran.

c< L’aide de camp de Schuwaloff(le major Olewieff) prit la place de Napoléon dans sa voiture, et Napoléon partit, avec le général Koller, dans sa calèche.

O Quelques gendarmes dépêchés à Aix, par ordre du maire, dissipèrent le peuple, qui cherchait à nous entourer, et notre voyage se coulinua fort paisiblement. »

M3 ' MÉMOIRES DU DUC DE RAtiUSE.

l'ROCUMATIU.N DE S, M. l EJIPEItElR Al’ PEITLE FRAXÇAIS^

^ c Au golfe de Jimii, le 1'' m;ir$ 1815.

« Napoléon, par la grâce de Dieu et les oonstiUjtions de l’Étal, Empereur des Français, etc., etc-

« Français!

U La défection du duc de Castiglione livra Lyon sans défense à nos ennemis; l’armée dont je lui avais confié le commandement était, par le nombre de ses bataillons, la bravoure et le patriotisme des troupes qui la composaient, à même de batAre le corps d’armée autrichien qui lui était opposé, et d’arriver sur les derrières du flanc gauche de l’armée ennemie qui menaçait Paris.

« Les victoires de Champaubert, de Montmirail, de Château-'fhierry, de Vauchamps, de Mormaas, de Montereau, de Craonne, de Reims, d’Arcis-sur- Aube et de Saint-Dizier; l’insurrection des braves paysans de la Lorraine, de la Champagne, de l’Alsace, de la Franche-Comté et de la Bourgogne, et la position que j’avais prise sur les derrières de l’armée ennemie, en la séparant de ses magasins, de ses parcs de réserve, de ses convois et de tous ses équipages, l’avaient placée dans une situation désespé-

* Moniteur d\i Qt mars 1815,

LIVRB XXI. — correspondance.

lée. Les Français ne furent jamais sur le point d’étre plus puissants, et l’élite de l’armée ennemie était perdue sans ressource; elle eût trouvé son tombeau dans ces vastes contrées qu’elle avait si impitoyablement saccagées, lorsque la trahison du duc de Raguse ' livra la capitale et désorganisa l’armée. La conduite inattendue de ces deux généraux, qui trahirent à la fois leur patrie, leur prince et leur bienfaiteur, changea le destin de la guerre. La situation désastreuse de l’ennemi était telle, qu’à la fm de l’affaire qui eut lieu devant Paris il était sans munitions, par la séparation de ses parcs de réserve.

« Dans ces nouvelles et grandes circonstances, mon cœur fut déchiré, mais mon âme resta inébranlable. Je ne consultai que l’intérêt de la patrie; je m’exilai sur un rocher au milieu des mers. Ma vie vous était et devait encore vous être utile. Je ne permis pas que le grand nombre de citoyens qui voulaient m’accompagner partageassent mon sort; je crus leur présence utile à la France, et je n’emmenai avec moi qu’une poignée de braves, nécessaires à ma garde.

' L'accusation de trahison contre Mariiiuiit était, de la pail de Naiioléon, un moyen politique. Rien ne le prou?e davantage que l'accusation faite au duc de Raguse d'avoir livré Paris. Que n'accusait-il aussi son frère Joseph, qui avait envoyé l’ordre ou l'autorisation de capituler? Que n'accusait-il aussi le duc de Trevise, qui a pris pari à la capitulation?

(JYole de l'ÉdiUiirA

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u« MËMUIRES DU DUC DE RACUSE.

« Élevé au trône par votre choix, tout ce qui a été fait sans vous est illégitime. Depuis vingt-cinq ans, la France a de nouveaux Intérêts, de nouvelles institutions, une nouvelle gloire, qui ne peuvent être garantis que par un gouvernement national et par une dynastie née dans ces nouvelles circonstances. Un prince qui régnerait sur vous, qui serait assis sur mon trône par la force des mêmes armées qui ont ravagé notre territoire, chercherait en vain à s’étayer des principes du droit féodal; il ne pourrait assurer l’honneur et les droits que d’un petit nombre d’individus, ennemis du peuple, qui, depuis vingt-cinq ans, les a condamnés dans nos assemblées nationales : votre tranquillité intérieure et votre considération extérieures seraient perdues à jamais.

« Français! dans mon exil j’ai entendu vos plaintes et vos vœux; vous réclamiez ce gouvernement de votre choix qui seul est légitime; vous accusiez mon long sommeil; vous me reprochiez de sacrifier à mon repos les grands intérêts de la patrie.

« J’ai traversé les mers au milieu des périls de toute espèce ; j’arrive parmi vous reprendre mes droits, qui sont les vôtres. Tout ce que des individus ont fait, écrit, ou dit depuis la prise de Paris, je l’ignorerai toujours; cela n’influera en rien sur le souvenir que je conserve des sei*vices

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