‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 66 sur 178 · LIVRE XXI. - CORRESPONDANCE. loi · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. - CORRESPONDANCE. loi

presque acculé aux murs de Paris. Les hostilités furent suspendues, et les troupes rentrèrent dans les barrières. L’arrangement écrit, qui a été publié <lans le temps, ne fut signé qu’à minuit.

« Le lendemain matin les troupes évacuèrent Paris, et je me portai à Essonne, où je pris position. J’allai voir l’empereur Napoléon à Fontainebleau. 11 me parut juger enfin sa position et disposé à terminer une lutte qu’il ne pouvait plus soutenir. Il s’arrêta au projet de se retrancher, de réunir le peu de forces qui lui restait, de chercher à les augmenter et de négocier. C’était la seule chose raisonnable qu’il eût à faire, et j’abondai dans son sens. Je repartis aussitôt pour faire commencer les travaux de défense que l’exécution de ce projet rendait nécessaires. Ce même jour, 1" avril, il vint visiter la position, et là il apprit, par le retour des officiers que j’avais laissés pour la remise des barrières, la prodigieuse exaltation de Paris, la déclaration de l’empereur Alexandre et la révolution qui s’opérait. En ce moment la résolution de sacrifier à sa vengeance le reste de l’armée fut prise ; il ne connut plus rien qu’une attaque désespérée, quoiqu’il n’y eût plus une seule chance de succès en sa faveur, avec les moyens qui lui restaient; c’étaient seulement de nouvelles victimes offertes à ses passions. Dès lors tous les ordres, toutes

m Ml-MOIRES DU DUC DE RAGUSE.

les instructions, tous les discours, furent d’accord avec ce projet, dont l’exécution était fixée au 5 avril.

«I>es nouvelles de Paris se succédaient fréquemment. Le décret sur la déchéance me parvint. La situation de Paris et celle de la France étaient déplorables, et l’avenir offrait les résultats les plus tristes, si la chute de l’Empereur ne changeait pas ses destinées en faisant sa paix morale avec toute l’Europe et n’amortissait pas les haines qu’il avait fait naître. Les alliés, soutenus par l’insurrection de toutes les grandes villes du royaume, maîtres de la capitale, n’ayant plus en tête qu’une poignée de braves qui avaient survécu à tant de désastres, proclamaient partout que c’était à Napoléon seul qu’ils faisaient la guerre. Il fallait les mettre subitement à l’épreuve, les sommer de tenir leur parole et les forcer à renoncer à la vengeance dont ils voulaient rendre victime la France; il fallait que l’armée redevint nationale en adoptant les intérêts de la presque totalité des habitants qui se déclaraient contre l’Empereur et appelaient à grands cris une révolution salutaire qui occasionnerait leur délivrance. Tout bon Français, de quelque manière qu’il fût placé, ne devait-il pas concourir à un changement qui sauvait la patrie et la délivrait d’une croisade de l’Europe entière armée contre elle, de la partie de

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