‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 67 sur 178 · LIVRE XXI. - CORRESPONDANCE · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. - CORRESPONDANCE

l’Europe môme possédée par la famille de Napoléon? S’il eût été possible de compter sur l’union de tous les chefs de l’armée; s’il n’eût pas été probable que les intérêts particuliers de quelques-uns croiseraient les mesures les plus .généreuses et les plus patriotiques; si le moment n’eût pas été si pressant, puisque nous étions au 4 avril et que c’était le 5 que devait avoir lieu cette action désespérée, dont l’objet était la destruction du dernier soldat et de la capitale, c’était au concert des chefs de l’armée qu’il fallait recourir; mais, dans l’état actuel des choses, il fallait se borner à assurer la libre sortie de différents corps de l’armée pour les détacher de l’Empereur et neutraliser ses projets, et les réunir aux autres troupes françaises qui étaient éloignées de lui. Tel fut donc l’objet des pourparlers qui eurent lieu avec le prince de Schwarzenberg. En même temps que je me disposais à informer mes camarades de la situation des choses et du parti que je croyais devoir prendre, le duc de Tarente, le prince de la Moskowa, le duc de Vicence et le duc de Trcvise arrivèrent chez moi à Essonne. Les trois premier m’apprirent que l’Empereur venait d’être forcé à signer la promesse de son abdication, et qu’ils allaient à ce titre négocier la suspension des hostilités. Je leur fis connaître les arrangements pris avec le prince de Schwarzen-

berg, mais qui n'étaient pas complets, puisque je n’avais pas encore reçu la garantie écrite que j’avais demandée, et je leur déclarai alors que, puis- (ju’ils étaient d’accord pour un changement que le salut de l’État demandait, et qui était le seul objet de mes démarches, je ne me séparerais jamais d’eux. Le duc de Vicence exprima le désir de me voir les accompagner à Paris, pensant que mon union avec eux, après ce qui venait de se passer, serait d’un grand poids. Je me rendis à ses désirs, laissant le commandement de mon corps d'armée au plus ancien général de division, lui donnant l’ordre de ne faire aucun mouvement et lui annonçant mon prochain retour. J’expliquai les motifs de mon changement au prince de Schwarzenberg, qui, plein de loyauté, les trouva légitimes et sans réplique; et je remplis la promesse que j’avais faite à mes camarades dans l’entretien que nous eûmes avec l’empereur Alexandre. A huit heures du matin, un de mes aides de camp arriva et m’annonça que, contre mes ordres formels, et malgré ses plus instantes représentations, les généraux avaient mis les troupes en mouvement pour Versailles à quatre heures du matin, effrayés qu’ils étaient des dangers personnels dont ils croyaient être menacés et dont ils avaient eu l’idée par l’arrivée et le départ de plusieurs officiers d’état-major

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