LIVRE XXI. - CORRESPONDANCE
venus (le Fontainebleau. La démarche était faite, et la chose irréparable.
« Tel est le récit fidèle et vrai de cet événement, qui a eu et aura une si grande influence sur toute ma vie.
« L’Empereur, en m’accusant, a voulu sauver sa gloire, l’opinion de ses talents et l’honneur des soldats. Pour l’honneur des soldats, il n'en était pas besoin : il n’a jamais paru avec plus d’éclat que dans cette campagne; mais, pour ce qui le concerne, il ne trompera aucun homme sans passion, car il serait impossible de justifier cette série d’opérations qui ont marqué les dernières années de son règne.
« Il m’accuse de trahison ! Je demande où en est le prix? J’ai rejeté avec mépris toute espèce d’avantages particuliers qui m’étaient offerts pour me placer volontairement dans la catégorie de toute l’armée. Avais-je des affections particulières pour la maison de Bourbon? D’où me seraient-elles venues, moi qui ne suis entré dans le inonde que peu de temps avant le moment où elle a cessé de gouverner la France? Quelle que fût l’opinion que j’eusse pu me faire de l’esprit supérieur du roi, de sa bonté et de celle des princes, elle était bien loin de la réalité; ce charme que l’on trouve près d’eux m'était inconnu et n’avait pas fait naître les engagements
sacrés qui me lient à eux aujourd'hui, et que les malheurs actuels, si peu mérités, resserrent davantage encore; engagements sacrés, car, pour les gens de cœur, les égards et les témoignages d’estime valent mille fois mieux que les bienfaits et les dons. Où donc est le principe de mes actions? Dans un ardent amour de la patrie, qui a toute la vie maîtrisé mon cœur et absorbé toutes mes idées. J’ai voulu sauver la France de la destruction ; j’ai voulu la préserver des combinaisons qui devaient entraîner sa mine; de ces combinaisons si funestes, fruit des plus étranges illusions de l’orgueil, et si souvent renouvelées en Espagne, en Russie et en Allemagne, et qui promettaient une épouvantable catastrophe, qu’il fallait s’empresser de prévenir.
« Une étrange et douloureuse fatalité a empêché de tirer du retour de la maison de Bourbon tous les avantages qu’il était permis d’en espérer pour la France; mais cependant on leur a dû la fin prompte d’une guerre funeste, la délivrance de la capitale et du royaume, une administration douce et paternelle et un calme et une liberté qui nous étaient inconnus. Quelques jours encore, et cette liberté si chère, si nécessaire à tous les Français, était consolidée pour toujours.
« Les étrangers étaient perdus sans ressource.