‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 69 sur 178 · LIVRE XXI. - COnilE.SPONn.XNCE. J.S · texte numérisé non relu

LIVRE XXI. - COnilE.SPONn.XNCE. J.S

dit-on, et c’est moi qu’on accuse de les avoir sauvés. Je suis leur libérateur, moi qui les ai toujours combattus avec autant d’énergie que de constance, dont le zèle ne s’est jamais ralenti un moment; moi qui, après avoir attaché mon nom aux succès les plus marquants de la campagne, avais déjà une fois préservé Paris par les combats de Meaux et de Lizy! Disons-le, celui qui a si fort aidé les étrangers dans leurs opérations et rendu inutile le dévouement de tant de bons soldats et d’officiers instruits, c’est celui qui, avec trois cent mille hommes, a voulu garder et occuper l’Europe depuis la Vistule jusqu’à Cattaro et à l’Èbre, tandis que la France avait à peine pour la défendre quarante mille soldats réunis à la hâte; et les libérateurs de la France, ce sont ceux qui, comme par enchantement, l'ont délivrée de la croisade dirigée contre elle et assuré le retour de deux cent cinquante mille hommes éparpillés dans toute l’Europe et de cent cinquante mille prisonniers, qui font aujourd’hui sa force et sa puissance.

« J’ai servi l’empereur Napoléon avec zèle, constance et dévouement pendant toute ma carrière, et je ne me suis éloigné de lui que pour sauver la France, et loi'squ’un pas de plus allait la précipiter dans Uabime qu’il avait ouvert. Aucun sacrifice ne m’a coûté lorsqu’il a été question de la gloire ou

du salut de mon pays; et cependant que de circonstances les ont rendus quelquefois pénibles et douloureux! Qui jamais fit plus que moi abnégation de ses intérêts pei'sonnels et fut plus maîtrisé par l’intérêt général? Qui jamais paya plus d’exemple dans les souffrances, dans les dangers, dans les privations? Qui montra dans toute sa vie plus de désintéressement que moi? Ma vie est pure, elle est celle d’un bon citoyen, et on voudrait l’entacher d’infamie! Non, tant de faits honorables dans une si longue suite d’années démentent tellement cette accusation, que ceux dont l’opinion est de quelque prix refuseront toujours d’y croire.

« Quelle que soit la destinée qui m’est réservée, que ma vie entière se passe dans la proscription ou qu’il me soit encore permis de servir la patrie, que j’y sois rappelé ou que je sois repoussé de son sein, mes vœux pour sa gloire et pour son bonheur ne varieront jamais, car l’amour de la patrie a été et sera toujours la passion de mon cœur. Et le roi a bien connu mes sentiments et rendu justice à la droiture de mes intentions lorsqu’il a daigné ajouter à mes armes la devise : Patriæ lotus et ubique, qui fait en peu de mots l’histoire de toute ma vie.

• Cand, lo 1" avril

« Le maréchai. duc de R&guse. »

MVnE XXI. — CÜRHESPONDANCE.

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