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mellre le comble à notre humiliation et blesser au cœur une nation glorieuse, on diminua encore l’étendue de notre territoire, déjà si fort restreint.
11 est impossible de se refuser à faire ici la comparaison des deux Restaurations. A la première, une grande partie du pays conquis nous est enlevée; mais cependant quelques fractions de nos conquêtes nous restent. A la seconde, le vieux territoire de l’ancienne France est même entamé, et on prend à tâche d’ouvrir la frontière pour nous mettre à la discrétion de ceux qui voudront nous attaquer. En 1814, pas un objet d’art n’est enlevé, pas un trophée ne nous est ravi, et la victoire respecte les propriétés que la victoire seule nous avait données. Enl815, tout est enlevé, et l’on va jusqu’à tout disposer pour détruire des monuments d’utilité puplique, à cause des noms qu’ils portent ', comme si on pouvait faire rétrograder les temps et effacer les souvenirs de l’histoire! En 1814, les propriétés sont respectées, et aucune contribution n'est imposée en représailles des sommes immenses que nous avions, pendant dix ans, enlevées à l’Europe, et des ravages qui partout ont marqué notre passage. En 1815, près de deux milliards sortent de nos coffres pour entrer dans ceux de l’étranger. Les Bourbons
* l es ponts d'AusterliU cl cl'Ii'na.
[Note de l'Éditeur.)
MÉMOlUES DU DUC DE R VCOSE.
sont reçus avec joie, avec espérance d’abord; à la seconde fois comme une nécessité. Ces circonstances de la première Hcstauration sont dues à la manière prompte dont le pays se sépara des intérêts de Xa- |H>léon, juste représaille, puisque lui-même avait depuis longtemps séparé les siens de ceux du pays; alors cette séparation fut toute patriotique, et, s’il y eut corruption et intérêt privé dans quelques chefs, tout fut généreux dans les masses. Dans la seconde, une faction puissante s’étant substituée à la natign, la nécessité de l’abattre servit de prétexte à la vengeance et à la cupidité. Cette faction, qui s’est souvent présentée comme animée des sentiments les plus nationaux, n’a jamais pensé qu’à elle.
Cette révolution des Cent-Jours, si funeste au pays, à son honneur, à l’ordre public, à l’établissement d’une sage liberté, une fois réprimée, se trouva servir merveilleusement les intérêts et les passions de l’émigration; aussi combien de plaintes contre tous les individus occupant des places, quels que fussent leurs titres! Combien d’accusations, de calomnies! Avec quelle violence tout fut boulevereé, et avec quelle avidité tout fut envahi! L’ambition n’avait aucune règle, aucune limite, et demander tout et demander toujours était devenu l’habitude univereelle.
Un homme se disant bien pensaiU, c’était l’ex-
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pression du temps, était propre à tout. Le môme individu (j’ai vu de ces sortes de pétitions) sollicitait à la fois ou le commandement d’un régiment, ou une sous-préfecture, ou une place de juge. Jamais confusion n’exista nulle part au môme degré. Un ordre de choses pareil porta ses fruits. L’administration fut confiée aux hommes les plus inhabiles. On choisit presque tous les colonels de l’armée parmi des hommes qui n’avaient jamais servi; et les tribunaux, après une prétendue épuration, furent remplis d’hommes de parti et de passion. I.a société prit une nouvelle physionomie, eut une nouvelle constitution, et les pouvoirs de toute espèce arrivèrent aux mains des hommes les moins dignes ou les [dus incapables de les exercer.
On s’occupa de former une nouvelle Chambre, en se servant des colleges électoraux en usage sous l’Empire, avec un certain nombre d’adjonctions pris dans les ordres royaux. Ces collèges étaient de nature à représenter l’opinion du pays, et cependant, malgré la conduite peu éclairée du gouvernement, malgré riiumiliation causée par les traitements des alliés, les élections se tirent toutes dans un sens royaliste : nouvelle preuve que la première Restauration avait été dans l’opinion nationale et reçue avec satisfaclion, tandis que le retour de 1 île d’Elbe, vu avec répugnance, avec effroi, avait rendu
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odieux ceux que l’on accusait d’en avoir été les auteurs. L’opinion publique devait être bien profondément pénétrée de ces sentiments, pour résister à tout ce qui aurait dû la changer.
Le gouvernement m’envoya à Dijon pour présider le collège électoral de la Côte-d’Or. Douze ans auparavant, dans des circonstances bien différentes, j’avais été chargé d’une semblable mission. Je fus reçu avec empressement et affection par mes compatriotes, jouissance à laquelle je n’ai jamais été insensible. Quoique les départements de l’Est en général, et particulièrement ceux de l’ancienne Bourgogne, aient toujours été les moins favorables aux Bourbons, les députés, choisis loyalement et sans fraude, furent des individus qui leur étaient attachés et dévoués de tout temps. L’opinion royaliste, alors celle de la France entière, était professée et sentie partout avec ardeur, avec exagération, comme il arrive si souvent chez nous, tandis que les partis opposés, objets de la haine publique, se tenaient silencieux dans l’observation.
Une énorme promotion de pairs fut faite alors, mais sans discernement, sans système et sans choix. En 1814, on avait suivi des principes raisonnables, en prenant pour le fond de la Chambre le Sénat. Ce corps avait rappelé le roi et se trouvait former le lien entre le passé et l’avenir. Il devait, sauf