‹ Mémoires du Duc de Raguse imprimés sur le manuscrit original de l'auteurChapitre 81 sur 178 · LIVRE XXII · texte numérisé non relu

LIVRE XXII

naturellement, quand on y est appelé; mais, quand la porte ne s’ouvre que par l’obsession et l’intrigue, on y entre désarmé, et les efforts longtemps im puissants qui ont précédé le succès ont fait acheter le pouvoir par bien des angoisses et des tourments. Il me parut digne et sage de dédaigner cette route pour l’emploi de mon temps.

Que faire cependant pour créer un intérêt nécessaire au bien-être de l’existence? Se livrer aux sciences était de mon goût, mais ne suffi.sait pas à l’activité de mon esprit. Cette carrière ne pouvait pas me satisfaire; car, sans manquer d’aptitude pour la suivre, j’étais trop âgé pour y jouer un rôle principal et pour y marquer par des découvertes. Rester à la hauteur des connaissances du moment était ce à quoi je pouvais prétendre. Des rapports habituels et une sorte d’intimité avec les savants du premier ordre suffisent pour atteindre ce but.

Il fallait quelque chose qui satisfit le besoin d’une âme brûlante, d’un esprit actif et d’un corps de quarante ans, plein de force et de santé. Je pensai qu’en embellissant l’habitation de mes pères, chose que j’avais rêvée pendant toute ma vie, je me créerais une belle et noble retraite. En me livrant à l’agriculture, j’apporterais dans ma province les bonnes méthodes, et fournirais d’utiles

exemples. En peu d’années tout serait changé autour de moi. J’ai voulu joindre l'industrie manufacturière et l’industrie agricole, et montrer qu’en coordonnant les deux branches elles se servent m,crveilleusement d’appui, se portent réciproquement du secours et doublent les bénéfices. Avec ces idées premières et les ressources d’un esprit vif, d une instruction suffisante, d’une grande activité et d’une grande force de volonté, on embrasse beaucoup et souvent trop pour bien faire. Cependant tout ce que j’ai fait dans ce système m’a réussi. Ce qui a été la cause de ma ruine, c’est l’industrie des fers, dans laquelle je me suis laissé entràîner et que j’ai créée au profit du pays, mais à mes dépens.

• Comme création d'habitation et embellissement, voici ce que j’ai fait. Le château était assez beau, mais cependant incomplet et mal distribué. Je l’ai augmenté de deux pavillons, et il est en rapport aujourd’hui avec tonies les positions sociales. Placé sur un rocher escarpé, au-dessus de la Seine, son accès était difficile. J’ai fait tailler dans le roc une avenue qui aboutit à la grande route, auprès de la porte de la ville. Celte avenue de trois cent douze mètres de longueur en pente douce, de quarante pieds de largeur, plantée de quatre rangées d’arbres, serait dignes de mener à une habitation

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