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royale. Un jardin de seize arpents a disparu; il a été remplacé par un parc de cinq cents arpents, clos de murs et où passe la Seine. Ce parc, composé de la vallée de la Seine, comprend les deux coteaux oppo- •sés et présente une admirable variété de sites. La rivière dont les eaux, vives et abondantes, sont toujours à plein bord, à cause des usines qui se succèdent dans son cours, coule au milieu du parc pendant près d’une lieue, et dans les propriétés de cette terre pendant une autre lieue encore. Un million deux cent mille pieds d’arbres, plantés avec intelligence, furent ajoutés à ce qui existait déjà, et au nombre se trouvaient quatre-vingt mille arbres de haute tige, dont dix-sept mille arbres exotiques: cent vingt arpents de prés arrosés, restant toujours verts, ornés de bouquets de bois, forment le fond de ce tableau, et une culture variée embellit les coteaux. Voilà ce qu’est devenue entre mes mains cette habitation, embellie encore par d’autres choses utiles, entre autres par des usines productives, dont je vais faire l’énumération et présenter le tableau.
Hors du parc, en amont, est un superbe moulin, le meilleur de la contrée, et formant un beau point de vue. Vient ensuite, également en vue du château, comme toutes les autres usines, une brasserie, dont les résidus servaient à mon bétail. Près
d'elle une vinaigrerie qui avait le même emploi et fournissait par an deux mille pièces de vinaigre: près de là une tuilerie et une poterie servant à satisfaire aux besoins d’une sucrerie ayant entrée dans le parc d’un côté, et sur la grande route de l’autre; puis une superbe ferme renfermant des établissements complets, et entre autres une bergerie à deux étages pour deux mille bêles à laine; enfin, sur le bord de la Seine, une magniûque sucrerie.
Cette sucrerie, qui avait un double moteur, l’eau et une machine à vapeur, a fabriqué jusqu’à trois cent cinquante mille livres de sucre de betterave dans une seule année. Les bénéfices de cette industrie sont grand's quand elle est bien conduite. Aussi chaejue jour elle se naturalise davantage en France. On ne saurait trop l’encourager, non-seulement parce que ses produits dispensent d’exporter beaucoup d’argent à l’étranger, mais encore parce que sa prospérité se lie à la perfection de l’agriculture. Les champs, après avoir été cultivés en betteraves, rapportent un cinquième de blé de plus que ceux qui n’en ont pas produit l’année précédente. Celle culture, loin de fatiguer la terre, lui profite pour l’avenir de tous les soins qui lui sont donnés. La première et la plus grande partie du travail de toutes les plantes se fait d’abord aux dépens de l al-
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uiosphèrc. Ce n’est qu'au inoinenl où la semence se forme que la terre est mise puissamment à contribution, et, comme la betterave ne rapporte sa graine' que la deuxième année et qu’on récolte la betterave pour faire le sucre vers le cinquième mois de sa culture, la terre n’en est nullement fatiguée. Quand une manufacture de sucre est bien conduite et alimentée avec des betteraves de sa propre culture et au prix de la main d’œuvre et du combustible de la Bourgogne, on a le résultat suivant : En représentant le -bénéfice cumulé de la culture et de la fabrication par la surface des terres cultivées, un arpent de treize cent quarantequatre toises rend mille francs de bénéfice. Ainsi notre terre avec notre climat est si favorable à la production du sucre, qu’une même quantité de terre de première qualité rend en France, en cinq mois, plus de sucre que la même surface aux colonies en seize mois.
A côté de la sucrerie se trouve une autre usine mue aussi par l’eau, et servant à battre le blé, machine suédoise, jointe à un tarare et placée sur deux étages. Le blé est battu et vanné en même temps. Deux hommes seulement suffisent pour la conduire ; ils font ainsi l’ouvrage de vingt-deux ouvrière ordinaires. Plus bas est un autre moulin et une fabrique de pâte d’Italie, ce qui m'a donné l’oc-
casion de cultiver des blés d’une nature particulière et préférables aux nôtres. Ce sont ceux connus sous le nom de blé de Taganrog. Une scierie était jointe à ce groupe de bâtiments; elle' servait à débiter les planches et les bois de construction. Plus bas étaient deux forges anciennes et trois hauts fourneaux, puis eniin l’immense forge anglaise que j'ai construite et qui m’a ruiné, mais qui aujourd’hui est une source de richesses pour le pays. Je reviendrai sur ce dernier établissement quand j’arriverai à l’époque où il fut construit.
I.e parc, indépendamment de ses immenses plantations, représentant une superficie de cent cinquante arpents et de cent vingt arpents de prés arrosés, offre une culture riche et variée. Le plateau sur lequel le château est bâti finit à la ville. D'abord fort étroit, il va en s’élargissant. Dans la partie du midi, opposée au château, il commande de vastes prairies, traversées par la Seine avant son entrée dans la ville. La plus grande partie de cet amphithéâtre est plantée en vignes d'une qualité supérieure, et la dernière forme un magnifique potager en terrasse. Telle est la description de l'habitation que j’avais pris plaisir à embellir, dans laquelle je croyais devoir finir mes jours, et que probablement je suis destiné à ne revoir jamais. Des bois et des fermes, à plus ou moins grande
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distance, composent le reste de cette belle propriété.
Si j’eusse réussi, j’aurais acquis la plus grande existence sociale possible dans les temps présents en France; car j’aurais réuni en ma personne, à l'influence d’une famille considérée dans le pays, celle qui résulte toujours d’une grande propriété et d’importantes manufactures, qui font vivre toute une population, et enfin celle qui accompagne la possession des premières dignités de l’État.
J’ai entrepris tous ces travaux et j’ai fait les acquisitions indispensables avec des capitaux insuffisants. J’ai pu y appliquer environ sept cent mille francs. Celte somme était bien inférieure aux besoins. J’ai donc dù emprunter, et les emprunts ne sortent souvent d’un embarras que pour jeter plus lard dans un autre pire. Cependant tout se serait liquidé avec le temps et par suite de l’économie que je mettais dans mes dépenses personnelles; mais, quand j’exploitai l’industrie des fers, des inillions devinrent nécessaires, et je tombai dans un dédale dont je n'ai pu me tirer. Je tiens à fin ir ce tableau quand je serai arrivé à l'époque de ces pénibles souvenirs. Ces établissements d'industrie, ces entreprises si patriotiques, si belles et si admirables dans leur ensemble, ont eu une si grande influence sur ma destinée, et m’ont occupé
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pendant tant d’années, que j’ai dil en parler et que j’y reviendrai encore.
Tous les établissements que je viens d’énumérer furent formés dans l’espace de cinq années. J’en ai montré tout d’une fois le but et l’ensemble, ne pouvant en donner la progression par chaque année, et maintenant je reviens en arrière. Je parlerai à présent des événements politiques qui se succédèrent, et particulièrement de ceux auxquels j’ai été appelé à prendre part.
Cette Chambre de 1815, nommée sous l’influence de l’indignation inspirée par la félonie des Cent- Jours, était animée des meilleurs sentiments pour la dynastie. Elle reste dans les souvenirs un monument indestructible de l’opinion d'alors. Notre pays présente de fréquentes anomalies. On oublie vite ce que l’on dit, ce que l’on fait et ce que l’on a voulu. Les contrastes les plus singuliers, les plus frappants, se présentent sans cesse dans l'histoire de nos révolutions. Tous les députés de 1815 étaient donc des gens remplis d’amour pour la maison de Bourbon, des ennemis déclarés des révolutionnaires et des bonapartistes. Ces députés , en général pleins d’honneur, bien intentionnés, mais ignorants et passionnés, arrivèrent avec tous les préjugés, toutes ces petites vues de gens nouveaux dans les affaires. Ils apportèrent en outre cette importance , cet
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